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James Michel

James Michel. © Reuters

Président des Seychelles.

Après avoir frôlé la banqueroute en 2008, l’archipel de l’océan Indien a largué son système socialiste il y a un an pour mettre le cap sur le libéralisme. Un revirement inattendu, accompagné d’une mutation du rapport des citoyens à l’État.

Jeune Afrique :  Vous êtes passés en quelques mois d’une économie étatique à une économie libérale. Peut-on parler d’une révolution ?

James Michel : Je parlerais plutôt d’une transformation dans la façon de penser. C’est une adaptation à la globalisation. Le pays devait moderniser son économie pour être plus solide. Il fallait aussi faire en sorte que les Seychellois deviennent un peu plus responsables pour rester maîtres de leur propre destin.

Où vont s’arrêter les réformes ? « L’État providence » sera-t-il préservé ?

Nous allons cette année mettre en place un nouveau système de taxes, de façon à ce que les gens qui travaillent paient des impôts. Nous allons aussi créer un environnement plus encourageant pour les investisseurs. Enfin, nous venons de terminer les discussions sur le rééchelonnement de notre dette, et je crois que nous allons obtenir cette année l’aval du Club de Paris pour son rééchelonnement complet.

L’époque veut qu’on passe d’un État providence à un État facilitateur, qui permette aux Seychellois et aux étrangers d’investir.

Les plus modestes ne feront-ils pas les frais de ces réformes ?

Non. Les réformes concernent tous les secteurs de la régulation et visent, aussi, à protéger les personnes les plus vulnérables. C’est l’une des conditions que nous avons discutées avec le Fonds monétaire international. Nous voulions que les acquis sociaux ne soient pas touchés, tels que la santé gratuite, l’éducation gratuite et certaines aides aux plus pauvres. Nous avons voulu nous assurer que, malgré nos difficultés financières, le peuple seychellois continuera à en bénéficier.

En même temps, il fallait prendre des mesures pour en finir avec les abus et pour que le peuple devienne plus responsable. C’est une nouvelle façon de voir les choses : les réformes visent à donner des opportunités aux gens les plus vulnérables pour pouvoir, comme on dit en créole, « lever débrouillé », c’est-à-dire faire quelque chose pour eux-mêmes. Par exemple en leur octroyant des crédits avec des intérêts minimes pour lancer un petit business. Je crois que ça a marché.

En quoi la piraterie, à laquelle l’archipel est confronté depuis un an, a-t-elle changé la donne ?

C’est une menace très sérieuse, qui a affecté notre développement, notamment au niveau de la pêche et de l’industrie touristique. Au-delà de notre activité économique, c’est le libre-échange commercial de la région qui est menacé.

Nous avons des moyens modestes pour protéger notre territoire et c’est pour cette raison que j’ai fait appel à la communauté internationale : l’Europe – dont la France, très présente –, l’Inde, la Chine, les Émirats arabes unis… sont venus nous aider. Mais le problème de la piraterie ne se résoudra pas tant qu’il n’y aura pas un État de droit en Somalie.

L’archipel vit en marge du continent. Les Seychellois se sentent-ils Africains ?

En tant qu’espace insulaire, nous avons nos propres spécificités. Nous avons différentes façons de concevoir les choses, car l’environnement est différent. Mais en tant que membre de la COI [Commission de l’océan Indien, NDLR], nous sommes fiers d’appartenir à l’Afrique. Nous avons une culture, une histoire qui nous relie à l’Afrique, et nous avons une position privilégiée pour être une passerelle entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

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