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Détruire, disent-ils

par

Fouad Laroui est écrivain.

On apprend avec joie que les présidents américain et russe ont signé un accord de limitation des armes nucléaires stratégiques. Aux termes de cet accord, la Russie et les États-Unis ne seront plus capables de détruire la planète deux mille fois, mais seulement cinq cents fois. Ouf ! Nous voilà rassurés.

La France et la Grande-Bretagne ne sont pas concernées par cet accord. Mais pourquoi s’inquiéter ? Sarkozy et Brown, avec leurs bombes (non, on ne parle pas de Carla et Sarah), ont à peine la capacité d’annihiler trois cents villes ; disons, à peu près, toutes les capitales de tous les pays recensés par l’ONU, plus quelques grandes villes inutiles, genre Alexandrie, Barcelone, Rio ou Johannesburg.

La Chine, ce tigre de papier, peut à peine détruire la Russie, le Japon, Taiwan, la côte ouest des États-Unis et Belize.

(– Pourquoi Belize ? demandez-vous.

Ah bon, c’est tout ce qui vous dérange dans cette énumération ?)

La Corée du Nord, toute à sa volonté de menacer le plus de Sud-Coréens possible, a réussi jusqu’ici à anéantir un million de Coréens du Nord par la famine : toutes les ressources du pays vont au programme d’armement nucléaire. C’est un début prometteur. Qui décime sa propre population avant de s’en prendre au reste du monde ne peut être tout à fait mauvais.

Israël, avec ses trois cents têtes nucléaires, ne peut même pas détruire une fois toute la planète. C’est minable. Certes, il est capable d’exterminer tous les Arabes en cinq minutes, mais les gauchos de la pampa argentine ou les rennes du père Noël ne s’en rendraient même pas compte. Tout au plus sentiraient-ils une vague odeur de roussi. Peuh.

L’Iran, pour l’instant, est incapable d’atomiser ne serait-ce que les globes en plastique qui décorent les salles de classe à Téhéran. Mais patience : dans quelques années, il sera capable, lui aussi, d’exterminer tous les Arabes en cinq minutes. C’est sans doute pour cela qu’Israël s’oppose aux ambitions nucléaires des ayatollahs : il ne veut pas perdre le monopole qu’il exerce dans ce domaine prometteur qu’est la désintégration de tous les Arabes.

En résumé, les Russes et les Ricains peuvent détruire ma planète cinq cents fois, et les Hébreux et (bientôt) les Perses peuvent me bousiller personnellement deux fois. À part ça, tout va bien. J’écris cela assis sur un banc, dans un zoo, par une belle journée de printemps. Des lions, des lémuriens et des babouins me regardent avec curiosité. Tiens, se disent-ils, est-ce là un spécimen d’Homo sapiens, le seul animal qui est capable d’anéantir le monde mille fois ? Et qui se croit en plus le plus intelligent de tous ?

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