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Grèves : plutôt carotte ou plutôt bâton ?

Manifestation de médecins, le 17 février 2010 à Alger. © Samir Sid

Malgré un Pacte économique et social signé, en 2006, par les trois partenaires sociaux (gouvernement, patronat et Union générale des travailleurs algériens, UGTA) et en dépit des annonces, en janvier 2010, de hausses importantes des salaires et de la sensible amélioration des conditions de vie, le front social est en ébullition permanente. Des cheminots aux métallos, des enseignants aux professionnels de santé, jusqu’aux deux joyaux de l’industrie algérienne, l’usine de véhicules industriels (SNVI) de Rouiba et le complexe sidérurgique d’El-Hadjar… Tous les secteurs ont eu droit à leur conflit.

Sit-in, grèves, rassemblements ou marches alimentent la chronique. La protestation s’est emparée des villes et des villages. Estimant avoir largement satisfait aux « revendications légitimes des travailleurs », le gouvernement a décidé, le 20 février, de durcir le ton. Face aux menaces d’année blanche que fait courir la poursuite du mouvement des enseignants, et après avoir obtenu une décision de justice qualifiant la grève d’illégale, le ministre de l’Éducation, Abou Bakr Benbouzid, a promis aux grévistes la radiation de la fonction publique – avec à la clé la perte de tous les privilèges liés au poste et à l’ancienneté, et aucune indemnité de licenciement. Les syndicats autonomes décident de suspendre le mouvement en attendant des jours meilleurs. Le ministre de la Santé, Saïd Barkat, procède de la même manière avec les syndicats représentant les professionnels du secteur et les médecins spécialistes. Là aussi, les protestataires font marche arrière.

Du coup, tous les syndicats autonomes se sont alliés pour créer, le 20 avril, la Confédération syndicale algérienne (CSA), qui se veut la rivale de l’UGTA et devient un nouvel interlocuteur pour le gouvernement.

À peine ces deux conflits, longs de plusieurs mois, réglés, voilà qu’un autre pointe à l’horizon. Estimant avoir été lésés par la nouvelle grille de salaires consacrant les augmentations tant attendues, les 600 000 agents de l’administration locale (employés communaux), représentés par le Syndicat national du personnel de l’administration publique (Snapap), ont engagé un bras de fer avec le gouvernement. Ce conflit arrive au pire moment : le ministère de l’Intérieur a lancé, le 4 avril, l’opération de délivrance de documents d’identité biométriques. Une opération si complexe que l’administration ne peut se payer le luxe d’une grève. Reste à régler une question : les grévistes opteront-ils finalement pour la carotte ou pour le bâton ?

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