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Des hommes et des dieux absents d’Algérie

Extrait du film "Des hommes et des dieux" du Français Xavier Beauvois. © Mars distribution

L’Algérie aura été au centre des passions de deux des événements les plus médiatiques du moment : la Coupe du monde de football, avec sa qualification mouvementée face à l’Égypte, et le Festival de Cannes, à travers deux films qui abordent ses relations historiques avec la France, ex-puissance coloniale. Après la polémique suscitée par Hors-la-Loi, de Rachid Bouchareb, c’est du film Des hommes et des dieux, du Français Xavier Beauvois, qu’on attendait un nouveau scandale.

Le film relate l’enlèvement des moines français de Tibéhirine, que l’on retrouva décapités, en mai 1996. D’abord attribué au Groupe islamique armé (GIA), ce massacre serait, pour certains, une « bavure » de l’armée algérienne, qui aurait tué accidentellement les moines en même temps que leurs ravisseurs. Elle aurait ensuite attribué ces mutilations au GIA pour le rendre encore plus impopulaire auprès d’une population très attachée à ces religieux qui la soignaient bénévolement.

Le bruit courait que le film soutiendrait cette seconde thèse. Une polémique vite éventée : Des hommes et des dieux ne prend pas parti sur l’identité des ravisseurs (que l’on voit agir dans le noir) et se focalise sur le débat moral qui agite les prêtres : menacés depuis longtemps, ils avaient fait le choix de rester, « par amour pour ce pays et cette population, à qui ils [avaient] voué leur vie ».

Or – c’est là que le bât blesse – ce film ne montre guère ce pays et ce peuple pour lesquels ils étaient prêts à aller jusqu’au martyre. Certes, on voit brièvement le père supérieur parler l’arabe et étudier le Coran. Mais, hormis les inévitables confrontations assez schématiques des moines avec les terroristes (dont ils soignent les blessés !) et avec des responsables algériens, leurs relations avec les villageois ne sont quasi pas évoquées. Trois courtes scènes – un vieil Algérien qui rappelle que les crimes des extrémistes sont réprouvés par le Coran et prie les moines de rester, une fête villageoise, des patients devant le dispensaire – et voilà tout !

Le film, qui a toutefois le mérite de ne jamais verser dans la bondieuserie ou la charge politique, a fait un autre choix : en se concentrant sur les messes, les chants liturgiques et les activités quotidiennes des moines, il cherche à symboliser une passion « christique ». Hélas, le frisson mystique qui a traversé plusieurs grands films chrétiens de l’histoire du cinéma ne parcourt guère ce film, et le spectateur reste à distance. À force de représenter une Algérie désincarnée, ne servant que de simple décor à une quête spirituelle dont elle était pourtant la raison d’être, les dieux comme les hommes semblent étrangement absents de ce territoire.

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