Sécurité

Piraterie : les économies nationales prises en otages

L'activité de Port Victoria, aux Seychelles, a subi une baisse de 67% au premier trimestre 2009. © Claude Pavar/Hoa-Qui/Eyedea

Longtemps, les Seychelles ont joué sur l’image d’un ancien repaire de pirates pour attirer les touristes.

Aujourd’hui, l’archipel veut tout faire pour s’en débarrasser. Et pour cause : ses deux piliers économiques, le tourisme (37,5 % du PIB) et la pêche (7,7 %), ont directement pâti de l’intrusion des pirates somaliens depuis janvier 2009. Le ministère des Finances a vu les revenus de la pêche « considérablement chuter » : les prises ont baissé de 50 %, atteignant le plus bas tonnage depuis les années 1980 ; l’activité de Port Victoria, premier port thonier de l’océan Indien, a enregistré au premier trimestre 2009 une baisse de 67 % par rapport à la même période en 2008 ; la quantité de poisson transbordée est passée de 99 000 à 31 000 tonnes… Certains thoniers ont quitté la zone – autant de licences de pêche en moins pour ce petit État (les agréments rapportent aux Seychelles 7 à 8 millions d’euros par an). Côté tourisme, si en 2009 le nombre de touristes n’a baissé que de 1 %, la quasi-disparition des croisières de luxe est autrement inquiétante. Cibles des pirates, ces bateaux fréquentaient en nombre l’archipel. Mais depuis deux ans, ils se font rares.

L’Égypte commence à faire les comptes. Le canal de Suez, troisième ressource du pays, a accusé une baisse de 16,7 % de son chiffre d’affaires en 2009, et le nombre de cargos à thons a chuté de moitié (leur passage se facture entre 160 000 et 570 000 euros). À Djibouti, « c’est d’abord l’activité portuaire qui a été touchée, selon Mohamed Idriss Farah, chargé de la lutte contre la piraterie au ministère des Affaires étrangères. Ensuite les taux d’assurance augmentent de manière déraisonnable. Ceci a un impact direct sur les prix des produits. » Un exemple : la bouteille de lait, qui coûtait 2 euros, est passée à 2,80 euros. Enfin, à l’autre bout de l’océan, Maurice aussi est touché. « Normalement, le fret à destination de l’île prend de six à sept jours, mais maintenant les marchandises arrivent sur le marché après dix jours. Les navires font des détours pour éviter les attaques. Et cela augmente les coûts de transports », relève Mohamed Mursal, directeur de la compagnie kényane GLT.

Formation de gardes-côtes d’élite

La constitution à Djibouti d’un centre de formation de gardes-côtes fait partie des solutions déployées par l’Union européenne pour endiguer la piraterie. Elle finance déjà, à hauteur de 1,5 million d’euros par an, des sessions de formation dispensées par des instructeurs français. Un complexe, comprenant un réfectoire, un dortoir et un amphithéâtre, à la charge du Japon pour un montant de 4 millions d’euros, verra le jour d’ici à la fin de l’année sur un terrain de 10 000 m2 proche du port. « Le centre a vocation à devenir autonome, par la cotisation des pays concernés », explique Mohamed Idriss Farah. Et la constitution d’équipes de garde-côtes d’élite a tout intérêt à dépasser la seule Somalie, puisque la piraterie ne cesse de s’étendre. À des milliers de kilomètres de là, le golfe de Guinée, particulièrement au large des côtes nigérianes, est déjà classé par les assureurs en risque de guerre.

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