Koyo Kouoh : « L’ironie a voulu qu’une telle exposition soit initiée par la Belgique »

Co-commissaire de l’exposition « Geo-Graphics », Koyo Kouoh se met à table en 3 questions .

Jeune Afrique : Que souhaitiez-vous montrer avec une telle exposition ?

Koyo Kouoh : 2010 est une année propice pour se remémorer les luttes de libération qui ont mené aux indépendances. L’ironie a voulu qu’une telle exposition soit initiée par un pays avec un lourd passé colonial, la Belgique. Dans ce contexte, il importait de se pencher sur la gestion et la promotion de la créativité artistique et intellectuelle telle que celle-ci s’est dessinée ces dernières années. Car la réalité que nous vivons aujourd’hui est le résultat des orientations – bonnes ou mauvaises – prises entre 1960 et, disons, 1990.

Comment faire dialoguer art traditionnel et art contemporain ?

Ce n’est pas une mince affaire ! Chaque tentative de la mise en écho de ce dialogue n’a pas toujours été satisfaisante. Nous avons essayé de tirer quelques liens qui ne sont pas tous visibles pour le visiteur non spécialisé. Certains artistes travaillent avec la matière tribale dans leur démarche contemporaine.

Les vidéos de Theo Eshetu évoquent le retour de l’obélisque d’Axoum en Éthiopie. Les musées occidentaux doivent-ils restituer les œuvres acquises sous la colonisation ?

Le contexte dans lequel ces œuvres sont arrivées dans les musées occidentaux est honteux. Et les directions de ces musées commencent à en être conscientes. Leur analyse et réception actuelles ont largement dépassé le cadre initial de leur conception.

Le marché de ces collections est devenu si important qu’il serait dangereux de se situer uniquement sur un terrain idéologique sans mettre en place un cadre professionnel. Des restitutions se sont mal passées. Certaines œuvres ont resurgi sur le marché international avec l’aide de marchands, dont des Africains, et des officiels corrompus. À part les pays du Maghreb et certains membres de la Communauté de développement des États de l’Afrique australe, l’Éthiopie, le Kenya, le Mali et, dans une certaine mesure, le Nigeria et le Ghana, je ne vois pas d’efforts menés pour une restitution appropriée.