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Canons mauritaniens

La silhouette européenne n’a pas exactement la cote en Mauritanie. Les vergetures sur les bras peuvent y être signes de beauté. C’est que, il y a cinquante ans, la petite fille apprenait que pour plaire aux hommes et se marier, elle doit être grosse. Un critère esthétique ancestral et révélateur du statut social qui a entraîné la tradition du gavage. Dès l’âge de 10 ans, les fillettes sont confiées à une gaveuse. Elle leur administre des breuvages miracle : huile d’arachide, bouillie de beurre et de lait fermenté… Les récalcitrantes se font marcher sur les pieds – au sens propre – pendant qu’elles boivent. La pratique, en vigueur chez les Arabo-Berbères ainsi que chez les Haratines – les descendants d’esclaves –, et non chez les Négro-Mauritaniens (les trois composantes de la population), explique le taux élevé de l’obésité chez les Mauritaniennes : 16,7 %.

Selon le sociologue Yahya Ould el-Bara, « la tradition est en train de disparaître, même dans les profondeurs du pays». À la tombée du jour, le stade de Nouakchott se remplit. Des femmes en voile et en baskets font des tours de terrain. Leur objectif : perdre quelques kilos. « Avant, être grosse était l’un des seuls moyens d’afficher son statut social, explique un observateur qui veut rester anonyme. Aujourd’hui, vous pouvez montrer votre richesse autrement, dans du parfum, des lunettes de soleil… » L’évolution des critères esthétiques ainsi que la prise de conscience de la dangerosité du gavage, qui multiplie les risques de problèmes artériels, cardiaques, de cholestérol, sont également des explications.

La silhouette fil de fer est encore cependant loin d’être un canon de la beauté. Au grand marché de Nouakchott, des tablettes de comprimés pour grossir sont vendues au grand jour moyennant 500 ouguiyas (1,50 euro). Réservées aux animaux – chameaux, moutons –, certaines sont même aussi efficaces que nocives.

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