Un seul ennemi : la pauvreté

Le quartier pauvre de Temara, près de Rabat, en septembre 2007. © Philippe Desmazes/AFP

Assurance maladie, lutte contre la mortalité maternelle ou l’absentéisme scolaire... Le pays se mobilise au chevet des plus défavorisés. Mais il est encore loin des standards internationaux.

Lorsqu’il s’agit de calculer le mieux-être d’une population, les avis des scientifiques et des politiques divergent. Au Maroc, cela fait même l’objet de débats animés. Comme en octobre dernier, où la publication de l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a donné lieu à de vives discussions. Sur 182 pays classés, le Maroc arrive en 130e position, reculant de trois places par rapport à 2008. Mais un indicateur qui ne prend en compte que trois critères – espérance de vie, alphabétisation et produit intérieur brut (PIB) par habitant – peut-il être pertinent ?

Non, répondent les autorités marocaines, pour lesquelles l’indicateur onusien reflète mal les progrès réalisés en dix ans : le PIB par habitant a augmenté de 4 % chaque année, le taux d’électrification rurale a atteint 96 %, la consommation des « produits blancs » (électroménager) est en hausse constante et le taux de pauvreté (personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour) est passé de 14 % à 9 %. « Révolutionnaire à l’époque où il a été élaboré, l’IDH est à présent très incomplet pour mesurer l’engagement d’un pays en faveur du développement humain », estime Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité.

Une ministre, justement, pour laquelle les femmes sont des acteurs essentiels du mieux-être de la société. « Toutes les études prouvent que l’implication des femmes dans la gouvernance locale joue un rôle déterminant dans le développement humain d’une région. Elles ont tendance à mettre les questions sociales au cœur de leur action. C’est pourquoi nous nous sommes félicités des résultats des dernières élections communales, qui ont vu 3 408 femmes être élues, ce qui représente une augmentation de 250 % par rapport au vote de 2003 », ajoute l’ancienne militante.

En première ligne, les femmes

Malgré les avancées législatives, la situation des femmes marocaines reste difficile : ce sont elles qui souffrent le plus des inégalités dans l’accès à l’éducation, au travail et à la santé. En effet, le taux de mortalité maternelle est de 227 pour 100 000 naissances ; il est de 267 pour 100 000 en milieu rural, contre 187 pour 100 000 en milieu urbain. C’est là que l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) trouve toute son utilité, « elle permet aux associations d’élargir le champ de leur action et d’atteindre les régions les plus reculées », explique Jamila, qui dirige des caravanes pour femmes dans le monde rural.

Le cinquième des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) prévoit de réduire de trois quarts le nombre de femmes qui meurent en couches d’ici à 2015. Pour l’atteindre, le ministère de la Santé a mis en œuvre la stratégie « maternité sans risques » : développement des ressources humaines, élargissement des prestations sanitaires ayant trait à la mère et à la planification familiale, amélioration des infrastructures de base, implication du secteur privé en matière de santé maternelle… Pourtant, avec encore deux à trois décès enregistrés chaque jour, la stratégie peine à porter ses fruits.

En cause, la faiblesse du budget, la mauvaise qualité de prise en charge des soins obstétricaux d’urgence, la perpétuation des pratiques traditionnelles et, bien sûr, l’analphabétisme. « Aucune stratégie ne pourra réussir sans un changement profond des mentalités. L’éducation est au centre de tout : si nous réussissons à faire reculer l’analphabétisme, nous pourrons responsabiliser la population et lui permettre de jouir pleinement de ses droits », martèle un responsable associatif de Casablanca.

Le fléau de l’analphabétisme

Avec plus de 80 % d’analphabètes chez les plus de 60 ans et 32 % dans l’ensemble de la population, l’analphabétisme et l’abandon scolaire restent de sérieux freins à l’évolution de l’IDH marocain.

Loin de vouloir faire du royaume un État providence, les autorités mettent cependant en œuvre d’importants moyens pour mieux prendre en charge les populations précaires. Parmi eux, la mise en place d’une assurance maladie pour les plus défavorisés (Régime d’assurance maladie, Ramed), dont ont déjà bénéficié 200 000 personnes et qui sera bientôt étendue à l’ensemble du territoire. Le gouvernement travaille aussi à la création d’une indemnité de perte d’emploi permettant aux chômeurs de percevoir 75 % de leur salaire pendant les six premiers mois d’inactivité. Les allocations familiales ont également été revues à la hausse et étendues au monde agricole, qui n’en bénéficiait pas jusque-là.

S’inspirant du modèle brésilien de la bolsa família, les autorités ont distribué à plus de 280 000 parents une aide directe, qu’ils ne peuvent continuer à percevoir que si leur enfant est assidu à l’école. Une méthode qui semble porter ses fruits et dont plus de 500 000 personnes devraient bénéficier à moyen terme. Les enfants les plus pauvres (plus de 3 millions cette année) se sont également vu accorder un cartable avec fournitures scolaires pour pouvoir faire leur rentrée dignement. Le but de toutes ces mesures est clair : rompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté et briser la fatalité.

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