Sarkozy ou le cynisme sans frontières

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Quel aveu de faiblesse et quel cynisme ! L’immigré, bouc émissaire idéal pour tenter de faire oublier ses propres turpitudes, a beau avoir le dos large, le stratagème est éculé. Certes, il y a ces sondages au-dessous de la ligne de flottaison, les « affaires » et ces ministres mis à l’index les uns après les autres. Évidemment, il faut bien trouver un moyen pour éviter le naufrage et faire taire les critiques permanentes sur le fond comme sur la forme. La chasse à l’électeur (d’extrême droite) a cependant des limites que Nicolas Sarkozy – de même que ses affidés, qui ne reculent plus devant rien – a pourtant allègrement franchies.

Nous avons déjà eu à subir ce détestable débat, dont la vacuité du contenu le disputait au cynisme des calculs politiciens, sur l’identité nationale (voir l’édito « Toi y en a français ? » ). La campagne présidentielle de 2007 nous avait, il est vrai, montré quels étaient les ressorts favoris – peur de l’étranger, insécurité, banlieues hantées par des hordes de sauvages – du candidat de l’UMP. Après les « gens du voyage », montrés du doigt et menacés d’expulsion vers leurs prétendus pays d’Europe de l’Est à la mi-juillet, alors que la plupart d’entre eux sont français, voici revenu le temps de la stigmatisation des citoyens d’origine étrangère et, donc, de la discorde. Le chef de l’État souhaite pouvoir retirer la nationalité à toute personne d’origine étrangère (jusqu’où doit-on remonter dans son arbre généalogique ?) qui aurait « volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, ou d’un militaire de la gendarmerie, ou de tout autre dépositaire de l’autorité publique ». Son ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, fidèle parmi les fidèles, va plus loin, et propose de déchoir de cette même nationalité ceux qui pratiquent la polygamie, l’excision ou la traite d’êtres humains…

Enfin, on lève un coin du voile sur un autre sombre projet : ne plus rendre automatique l’acquisition de la nationalité française pour certains mineurs immigrés de deuxième génération, pourtant nés en France. En quelque sorte, le début de la fin du droit du sol…

Outre l’insondable bêtise de telles propositions – opposer les Français pour glaner quelques voix ici et là sans régler les problèmes de fond comme la violence ou la délinquance –, c’est surtout cette stigmatisation quasi permanente des Français d’origine étrangère, visiblement considérés comme des sous-Français voués à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui devient insupportable. Ils n’ont même pas le droit d’être considérés comme des électeurs potentiels qu’il faudrait séduire…