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L’homme de Mpila

Denis Sassou Nguesso, le 16 novembre 2009, à Rome. © AFP

Pour ceux qui n’auraient lu sur lui que les brûlots de la Toile, les rapports incendiaires des ONG et les divagations rapaces des fonds vautours, le choc est violent. Dépeint par ses adversaires sous les traits d’un nabab tropical vautré dans les pétrodollars, Denis Sassou Nguesso vit depuis son retour au pouvoir, il y a treize ans, dans une modeste résidence sans étage du quartier de Mpila, à Brazzaville, qui lui appartient depuis des lustres et dont la plupart de ses pairs ne voudraient pas comme pied-à-terre*.

Son bureau, sombre, exigu, encombré de livres et de dossiers avec, au mur, un tableau représentant les pères fondateurs du panafricanisme – Du Bois, Garvey, Nkrumah, Nasser, Lumumba… –, a quelque chose de la piaule d’un étudiant de la Feanf sous les toits du Quartier latin, au début des années 1960.

L’homme a ici ses habitudes et ses souvenirs : les unes sont modestes et le ramènent sans cesse à la terre de ses ancêtres, les autres sont souvent brûlants. Il aime le koko et le maboke mille fois plus que le caviar et le champagne, les rives de l’Alima, les palabres entre mwenes, les jeux d’esprit, le spectacle des danses de la forêt. Il a la taquinerie cinglante, et ses ministres redoutent ses coups de colère froide en Conseil.

Son seul vrai luxe réside dans le coupé impeccable de ses costumes – toujours élégants, jamais bling-bling – et le lustre de ses chaussures, qu’il lui arrive de cirer lui-même, comme s’il était sa propre ordonnance. Qu’on le veuille ou non, donc, mais à condition de le connaître, Denis Sassou Nguesso n’est ni un satrape, ni un kleptocrate, mais un chef d’État profondément africain, chez qui la fierté à fleur de peau n’exclut pas l’ouverture sur le monde.

À l’image de celui qui l’incarne le mieux – vingt-six ans au pouvoir sur cinquante ans d’indépendance –, le Congo et les Congolais ont souvent été caricaturés. Quand Brazzaville, ce lieu de toutes les convoitises, était dépecé en enclos ethniques et en fiefs guerriers, les médias extérieurs hésitaient entre deux représentations tout aussi condescendantes : celle de la ville écervelée, instinctive, irresponsable, qui chante et danse sur un volcan ; et son double, la ville cruelle, criblée de violence et de misère.

Aujourd’hui, alors que la croissance est établie et, semble-t-il, durable, le Congo est aux yeux des dénigreurs du régime un État rentier, dont le gouvernement a un bras long, celui qui sert à prendre et qui arrive partout, et un bras court, qui sert à donner et qui n’atteint que les proches.

Ces clichés-là ont, il est vrai, quelques raisons d’être au regard du demi-siècle écoulé : huit présidents, une demi-douzaine de coups d’État, une guerre civile et la responsabilité collective de l’ensemble de la classe politique dans ce désordre n’ont rien fait pour inciter la communauté internationale au congoptimisme. À tort ? Sans doute. Car Denis Sassou Nguesso a apporté à ce pays un bienfait que l’on ne mesure que lorsqu’on a connu son contraire : la paix. Pas plus qu’on érige une maison sur un terrain meuble, on ne construit un pays sur l’instabilité.

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* Il devrait réintégrer l’ancien palais présidentiel, réhabilité, en septembre.

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