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"Cet article est issu du dossier" «Congo, l'âge de raison»

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Annulation de dettes et effet domino

Réduction de moitié de l'encours de la dette multilatérale congolaise entre 2004 et 2010. © Glez

Le Congo a atteint, le 28 janvier dernier, le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Résultat : le montant des sommes dues par le pays est réduit de moitié. Et les bonnes surprises s’enchaînent.

Depuis six mois, le Congo-Brazzaville respire. Le 28 janvier, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale annonçaient que le pays avait atteint le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Du coup, de 1 918 milliards de F CFA en 2004 (3,7 milliards de dollars), l’encours de la dette publique extérieure contractée avant 2004 n’était plus, au 31 mai 2010, que de 990,740 milliards de F CFA, dont 411,632 milliards d’arriérés.

Il aura fallu six ans pour en arriver là. Le 8 décembre 2004, date de la signature avec le FMI de l’accord triennal au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), un plan de restructuration de la dette publique congolaise a été élaboré. Huit jours plus tard, le pays présentait son dossier au Club de Paris avec, à la clé, des allègements et des annulations d’arriérés.

En 2006, le Congo atteignait le point de décision et a bénéficié de nouvelles annulations, mais, après des dérapages, le programme FRPC est suspendu. Retour à la case départ… Il faudra attendre décembre 2008 pour qu’un nouvel accord triennal soit conclu. Commence alors une course contre la montre, et, un an plus tard, victoire : le programme ayant été bien exécuté et les « déclencheurs » respectés – dont la dissolution de la Congolaise de trading (Cotrade) en décembre 2009 –, le Congo voyait enfin le bout du tunnel. 

Une bouffée d’oxygène

L’allègement octroyé par la Banque mondiale (près de 100 milliards de F CFA) a permis de réduire de moitié l’encours de la dette multilatérale, qui est passée de 206,404 milliards de F CFA en 2004 à 100,109 milliards après le point d’achèvement. Une bouffée d’oxygène pour les finances du Congo, dont la dette extérieure représentait plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB).

Mais l’effort le plus important revient aux créanciers du Club de Paris, qui, le 18 mars, ont tous, à l’exception du Brésil, accepté d’annuler la totalité de la dette congolaise. De 1 258 milliards de F CFA (65 % de l’encours en 2004), cette dernière a été ramenée à 24,719 milliards de F CFA, soit le montant restant à négocier avec le Brésil. Plus dures sont les négociations bilatérales avec les pays non membres du Club de Paris.

L’enjeu est pourtant important, puisque 36 % du total de l’encours en mai 2010 concernent ces pays. Les plus difficiles à convaincre sont les fonds arabes et les pays africains, auxquels le Congo doit respectivement 88,462 milliards et 51,227 milliards de F CFA d’arriérés (principal et intérêts). À l’exception de la Chine, qui avait effacé la totalité de la dette congolaise en 2005, les discussions sont tout aussi âpres avec les ex-pays socialistes, dont le Congo espère obtenir l’annulation de 221,186 milliards de F CFA d’encours de dette.

Toutefois, les Congolais restent optimistes : « Nous discutons avec ces bailleurs, et nous avons l’appui du FMI et du Club de Paris », informe un cadre de la Caisse congolaise d’amortissement (CCA). Date butoir de toutes les négociations : octobre 2010. Depuis 2004, le Congo a contracté de nouveaux engagements, sans risque, toutefois, d’entrer à nouveau dans la spirale infernale de l’endettement, affirme Théodore Ikémo, le directeur de la CCA.

Car, depuis que le pays est en programme avec le FMI, tous les emprunts contractés respectent des règles très strictes : des taux très concessionnels, un délai de grâce d’au moins cinq ans et un remboursement étalé sur un minimum de vingt ans. De tous les bailleurs du pays, la Chine, avec laquelle un accord de partenariat a été signé pour une enveloppe globale d’environ 1 milliard de dollars, est le plus important aujourd’hui.