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Juges pour enfant à Guantánamo

Omar Khadr, peu avant son arrestation en 2002. © AP/THE CANADIAN PRESS

Images de déjà-vu… Un homme à la barbe fournie, accusé de terrorisme, comparaît devant un parterre d’officiers américains sur la base de Guantánamo Bay. Jugé en catimini par un tribunal d’exception, il nie les faits et entend profiter de son procès pour dénoncer les tortures qu’il dit avoir subies depuis sa capture. Rien que de très banal depuis que les États-Unis ont déclaré « la guerre au terrorisme »…

C’est pourtant un procès unique qui s’est ouvert le 10 août (avant d’être suspendu pour au moins un mois vendredi 20 août). Pas seulement parce qu’il s’agit de la première affaire jugée dans l’enclave cubaine depuis que Barack Obama a imposé de nouvelles dispositions censées améliorer les droits de la défense des détenus étrangers. Pas seulement non plus parce que l’accusé est le dernier Occidental détenu à Guantánamo ­­­­– son pays, le Canada, n’ayant jamais réclamé son extradition.

Aveux sous la torture

À 23 ans, Omar Khadr est un adulte. Mais quand il a été arrêté, dans la ville de Khost (sud-est de l’Afghanistan), le 27 juillet 2002, à la suite d’une offensive de l’armée américaine contre une base d’Al-Qaïda, il n’avait que 15 ans. Lors de ces affrontements, Khadr aurait tué un sergent américain en jetant une grenade, d’où son inculpation pour « meurtre », qui s’ajoute à celle d’« espionnage » et de « soutien logistique au terrorisme ». Soigné – il venait de perdre un œil et avait la poitrine criblée de balles –, puis interrogé sur un brancard dans la sinistre prison de Bagram, il a été envoyé à Guantánamo quelques mois plus tard.

Les preuves de sa culpabilité sont fragiles. Ses aveux le sont tout autant. Selon ses avocats, ils lui ont été arrachés sous la torture – huit années durant, le garçon aurait même eu le « privilège » de tester les différentes techniques d’interrogatoire américaines. Mais le plus révoltant dans cette affaire, clament de nombreuses voix (ONG, médias), c’est que cela faisait des décennies qu’un pays occidental n’avait jugé un homme pour des crimes de guerre commis alors qu’il était encore un enfant. « C’est le premier procès d’un enfant-­soldat dans l’histoire moderne », dénonce l’un de ses avocats, qui déplore que Khadr ne bénéficie pas de ce statut.

Fils d’un Canadien d’origine égyptienne soupçonné d’avoir frayé avec Oussama Ben Laden dans les années 1990 et financé Al-Qaïda jusqu’à sa mort, en 2003, Omar, né à Toronto en 1986, puis régulièrement baladé entre le Canada et le Pakistan, aurait été envoyé dès l’âge de 11 ans dans des camps d’entraînement islamistes. Il y aurait appris le maniement des armes et été soumis à une intense propagande djihadiste. Une vidéo utilisée par l’accusation le montre, adolescent, posant des mines sur une route, quelque part entre le Pakistan et l’Afghanistan. Sur une autre vidéo, qui a fait le tour du web en 2008, on le voit dans sa cellule de Guantánamo, suppliant des agents canadiens de le faire sortir. Il y apparaît comme un gamin effrayé et épuisé.

Dans sa grande bonté, le tribunal a autorisé les officiers américains qui auront à juger Khadr à tenir compte de son âge lors de sa capture.

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