Les hooligans de la culture

Décidément, la culture égyptienne n’est pas la bienvenue en Algérie. Après la télévision nationale, qui a déprogrammé les traditionnels feuilletons égyptiens du ramadan, c’est le commissaire du Salon international du livre d’Alger (Sila), Smaïn Ameziane, qui a décidé d’interdire d’exposition les éditeurs égyptiens à la 15e édition de la manifestation (du 26 octobre au 6 novembre). Début août, il expliquait avoir pris sa décision « par respect pour le peuple algérien et pour les personnes qui ont été massacrées » dans le car de l’équipe nationale de football algérienne, au Caire, en novembre 2009.

En Algérie, cette décision est loin de faire l’unanimité. Dans son édition du 22 août, Le Quotidien d’Oran regrette ce « jet de caillasses contre les livres ». Le même jour, Ahmed Bensaada, un universitaire et écrivain algérien, a lancé une pétition pour protester contre ce choix. Il dénonce « un chauvinisme délirant et une dérive qui traduit un mépris arrogant vis-à-vis de la culture ». Son appel a reçu le soutien de près d’une centaine d’intellectuels, de journalistes et d’entrepreneurs algériens. Dans les semaines à venir, il devrait lancer un appel commun avec des intellectuels égyptiens.

Les éditeurs égyptiens ont saisi l’Union des éditeurs arabes, qui devrait rendre un avis avant l’ouverture du Sila. « C’est le dernier de mes soucis », considère Ameziane, qui se dit incapable d’assurer la sécurité des éditeurs égyptiens s’ils devaient venir. Quant à la ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi, elle a déclaré que le directeur du Sila était entièrement souverain.