Dossier

Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : présidentielle 2010»

Voir tout le sommaire
Politique

La machine Bédié

Henri Konan Bédié, en juillet 2009, à Paris. © BERTRAND GUAY/AFP

L’ancien chef de l’État s’appuie sur une vieille garde et une nouvelle génération afin de ratisser le plus large possible. Et la machine de Henri Konan Bédié scrute au-delà du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

La machine Bédié est activée par deux générations qui cohabitent autour du candidat. D’abord la vieille garde. Chez Henri Konan Bédié (HKB), les grognards sont fidèles au poste. À commencer par Daniel Kablan Duncan. En décembre 1993, juste après la mort de Houphouët, Bédié le nomme Premier ministre. Aujourd’hui, Duncan est secrétaire permanent du comité de campagne de HKB. Tout passe par lui. Surtout, il a l’oreille du patron. « C’est l’un des deux ou trois conseillers les plus écoutés », dit un familier de Daoukro, en pays baoulé.


Ancien Premier ministre, Daniel Kablan Duncan est le secrétaire permanent du comité de campagne.
© ISSOUF SANOGO/AFP

Gaston Ouassénan Koné, même chose. En 1993, cet officier est du tout premier gouvernement Bédié. Au portefeuille de la Sécurité, c’est lui qui veille à ce que l’armée ne bascule pas dans le camp Ouattara. Aujourd’hui, il est le chef de la sécurité du candidat. Dans les meetings, police et gendarmerie n’assurent que 20 % du service d’ordre. Tous les autres « stadiers » sont des hommes à lui.

Maurice Kakou Guikahué est aussi aux avant-postes dès 1993, comme ministre de la Santé. Aujourd’hui, il dirige le comité d’organisation et de mobilisation pour HKB. Le choix des tournées et des meetings, c’est lui. L’homme qui tient la boutique quand le patron voyage, c’est encore lui. Guikahué est un Bété de Gagnoa, comme Laurent Gbagbo. Mais dans l’équipe personne ne songe à mettre en doute sa fidélité à HKB.

Djédjé Mady fait des jaloux

Le mystère Bédié, c’est la place qu’il accorde à Alphonse Djédjé Mady. Sur le papier, ce professeur agrégé de médecine de 65 ans cumule tous les postes : directeur national de campagne, secrétaire général du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), et, mieux encore : président du directoire du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), l’alliance Bédié-Ouattara.

Parce qu’il est bété, plusieurs cadres du PDCI disent volontiers que, malgré ses fonctions officielles, il n’a pas la confiance du Sphinx et qu’il ne fait pas partie des « vieux copains » qui viennent boire le champagne, le soir, à la résidence de Daoukro. Bref, il ne serait pas un intime comme Ouassénan Koné, Lenissongui Coulibaly, le directeur de cabinet, Noël Némin, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Tiacoh Carnot, l’historien, Théophile Ahoua N’Doli, l’ex-ministre du Développement industriel, le professeur Niamkey Koffi, l’ancien chantre de l’ivoirité devenu l’un des porte-parole de la campagne, Ousseynou Dieng, l’ex-vainqueur de la CAN 1992 – à la tête de la Fédération ivoirienne de football – devenu trésorier de la campagne, ou encore Jean-Marie Kacou Gervais, l’actuel ministre des Affaires étrangères.

Mais les faits sont là. Quand HKB ne se rend pas à une réunion de concertation à Ouagadougou, c’est Djédjé Mady qui le représente auprès du facilitateur Blaise Compaoré. Quand il faut aller voir secrètement tel ou tel chef d’État de la sous-région, c’est très souvent Djédjé Mady qui fait le déplacement. L’an dernier, il a été vu à Niamey chez Mamadou Tandja. En réalité, l’ancien ministre de la Santé de Houphouët a gagné ses galons de chef grognard en avril 2002, lors du congrès extraordinaire du PDCI, quand il a verrouillé le parti en faveur de HKB contre Laurent Dona Fologo. Peut-être fait-on quelques jaloux quand on cumule trop de postes…

Lors de ce congrès de 2002, Bédié a compris que, pour revenir au pouvoir, il devait rajeunir son équipe. D’où l’ascension de Kouadio Konan Bertin, dit KKB. Le terrain de KKB, c’est d’abord la rue. En février, après la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI), le président de la jeunesse du PDCI a voulu défier Laurent Gbagbo. Il n’a pas peur. À la tête de manifestations, il n’hésite pas à se frotter aux forces de l’ordre.


Patrick Achi est l’animateur du comité électoral, poisson-pilote du candidat et ex-ministre des infrastructures.
© D.R.

Superdiplômés aux manettes

Pour étoffer sa jeune garde, Henri Konan Bédié a aussi promu quelques superdiplômés. Parmi eux, Patrick Achi. Cet ingénieur est devenu ministre des Infrastructures. Très vite, Laurent Gbagbo a mesuré le danger de garder au gouvernement un poisson-pilote de Bédié aussi compétent. Il a profité de la crise de février dernier pour l’écarter. Aujourd’hui, sous la direction du vieux briscard Mamadou Bamba, Achi anime le comité électoral et chauffe les salles à coups de déclarations enflammées.

Autre « jeune loup », Jeannot Ahoussou Kouadio. En 2002, avant les accords de Marcoussis, cet avocat est entré au gouvernement, à l’Industrie. Aujourd’hui, il dirige le comité juridique de la campagne. C’est l’un des hommes de confiance de HKB, pour qui il effectue de discrètes missions à l’étranger.

Parmi les communicants du candidat, quelques hommes montent. À commencer par François Amichia, le maire de Treichville. L’ex-ministre des Sports est épaulé par Denis Kah Zion, le patron du groupe de presse Le Réveil, qui édite notamment le quotidien Le Nouveau Réveil. Autres incontournables de la communication : Augustin Dahouet-Boigny et Émile Ebrottié.


Épouse fidèle, Henriette Konan Bédié est présente à chaque tournée électorale.
© F.NOY/J.A.

Vieille garde ou jeune garde ? Henriette Dao Coulibaly est auprès de Bédié depuis toujours. Mais c’est depuis le retour d’exil de HKB que cette militante pure et dure est en charge des femmes au sein du PDCI. Henriette Konan Bédié, elle, est d’un tempérament plus effacé. Mais l’épouse du Sphinx est d’une fidélité à toute épreuve. À chaque tournée électorale, elle « mange la poussière » avec son mari.

Fermer

Je me connecte