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"Cet article est issu du dossier" «À la conquête de l'or vert africain»

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Le marché des engrais en pleine ébullition

Le continent ne consomme que 17 kg d'engrais par hectare contre 118 en moyenne dans le monde. © D.R.

La demande mondiale en engrais, comme celle de l’Afrique, ne cesse de croître. Devenu stratégique pour la sécurité alimentaire, le secteur des fertilisants offre un marché en totale ébullition.

Le défi est énorme. Avec la productivité la plus faible au monde – 1,4 tonne à l’hectare, contre 4,6 en Asie –, l’Afrique n’est pas suffisamment compétitive pour s’imposer sur le marché mondial. Outre la mécanisation, l’utilisation d’intrants reste le nœud du problème. Le continent ne consomme que 17 kg d’engrais par hectare (moins de 6 en Afrique subsaharienne), contre 118 en moyenne dans le monde.

Pourtant, les gouvernements s’étaient engagés à en utiliser 50 d’ici à 2015 lors de la conférence d’Abuja de 2006. « Le prix demeure élevé pour les petits producteurs », constate Charles Kader Gooré, PDG d’Hydrochem, producteur ivoirien. Les engrais sont-ils trop chers ? « Non, poursuit-il, mais les agriculteurs ne tirent pas suffisamment de revenus de leur récolte. »

Cependant, un réveil semble s’opérer. Hydrochem devrait produire 200 000 tonnes cette année, soit une croissance de 30 %. Selon les prévisions de l’Association internationale de l’industrie du fertilisant, la demande mondiale devrait progresser de 4,8 % sur la saison 2010-2011. Et malgré « de larges différences entre les pays », la demande africaine devrait globalement croître de 4,2 %. « Les cultures d’exportation [café, cacao, coton, etc.] utilisent de plus en plus les engrais. Par exemple, en Côte d’Ivoire, le cacao se vend bien, les revenus augmentent, et les producteurs ont plus de moyens pour s’en procurer », explique le PDG d’Hydrochem.

« Concurrence sauvage »

Néanmoins, les acteurs pointent du doigt un marché peu réglementé. Avec l’augmentation de la demande, de nombreux traders viennent proposer leurs services. « Il y a une concurrence sauvage qui s’installe, et les produits ne sont pas toujours de bonne qualité. De plus, il n’y a aucun suivi et pas de formation », dénonce Charles Kader Gooré. La bataille pour le rachat du canadien Potash, premier producteur d’engrais mondial – et premier client d’OCP Group, producteur marocain de phosphate (une matière première qui entre dans la composition d’engrais) –, est un autre indice de l’ébullition du secteur.

Après l’offre de 39 milliards de dollars (29,7 milliards d’euros) faite par le géant des mines BHP Billiton (qui pourrait monter à 45 milliards), le chinois Sinochem, premier producteur d’engrais chinois, cherche un partenaire afin d’enchérir à 60 milliards de dollars. Arguant auprès des autorités de Pékin que le contrôle de Potash serait crucial pour la sécurité alimentaire de la Chine.