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Amos Namanga Ngongi

Le président de l'Agra, Amos Namanga Ngongi. © D.R.

C’est à cet agronome camerounais que Bill Gates et Kofi Annan ont confié la présidence de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique.

C’est un coup de fil qui a tiré Amos Namanga Ngongi de la retraite. Il y a encore trois ans, cet ancien agronome camerounais – lunettes et moustache grisonnante – coulait des jours tranquilles dans sa ferme de Buea, à 70 km de Douala. « C’était un cabinet de recrutement qui avait eu mon nom par Kofi Annan », raconte celui qui fut longtemps un ami et un collègue de l’ancien secrétaire général des Nations unies. « Voudriez-vous accepter la présidence de l’Agra, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique ? » lui demande-t-on.

Financée par la Fondation Bill et Melinda Gates et par la Fondation Rockefeller, l’Alliance a été lancée en 2006 par Kofi Annan, lui-même président d’honneur du conseil d’administration. « J’ai d’abord refusé », s’amuse Amos Namanga Ngongi. « Ils ont rappelé, plusieurs fois, j’ai donné d’autres noms. » Ce n’est qu’après plusieurs allers-retours à Seattle, aux États-Unis, et une rencontre avec le milliardaire de l’informatique – « un type très simple et abordable » – qu’il finit par se laisser convaincre. « Voilà un projet sérieux, me suis-je dit, et, au bout de trois mois, j’ai enfin accepté. » Avec, à la clé, une mission de cinq ans et un retour aux sources pour celui qui a commencé sa carrière au ministère de l’Agriculture et du Développement rural.

À 65 ans, cet ancien haut fonctionnaire est aujourd’hui un habitué des couloirs feutrés des administrations. En 1980, il est détaché à l’ambassade du Cameroun à Rome puis recruté, quatre ans plus tard, par le Programme alimentaire mondial (PAM). Il y passera dix-sept ans, dont sept en tant que directeur exécutif adjoint, avant de prendre la tête de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc).

Depuis le siège de l’Agra, à Nairobi (Kenya), Amos Namanga Ngongi gère une enveloppe annuelle de plus de 74 millions d’euros, exclusivement destinée à la révolution verte en Afrique. Fourniture de semences améliorées, financement de projets pour fabriquer les précieuses graines, garantie auprès des banques nationales pour favoriser l’octroi de microcrédits aux paysans… L’ONG est présente dans 13 pays du continent. Et c’est en s’appuyant sur son expérience personnelle qu’il explique sa mission : « Quand mon voisin au Cameroun me voit utiliser des engrais, il me demande de lui en prêter. C’est un premier pas. Ensuite, je lui propose de lui en ramener la prochaine fois, et il devra me les rembourser. C’est la seconde étape, pour que l’utilisation soit durable. »

Des engrais, Amos Namanga Ngongi aimerait que l’Afrique en utilise davantage pour augmenter le rendement de terres qui ne produisent encore que 1 tonne par hectare : « On peut arriver facilement à 3 ou 4 t, avec peu de moyens », assure-t-il. Et alors que les pays membres de l’ONU viennent de faire le bilan, à mi-parcours, des Objectifs du millénaire pour le développement, il ne manque pas une occasion de rappeler l’importance de l’agriculture pour lutter contre la faim en Afrique. Retournera-t-il cultiver ses terres quand son contrat arrivera à son terme, en 2012 ? « On verra. » Bill Gates ou Kofi Annan le convaincront peut-être, encore une fois, de sortir de sa retraite.

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