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Mercenaires de la plume

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a récemment publié un recueil de haïkus, courts poèmes japonais composés de trois vers. Une passion qu’auraient pu lui souffler les communicants politiques du nouveau livre de Mamadou Mahmoud N’Dongo. De fait, l’écrivain franco-sénégalais, né en 1970 à Pikine (près de Dakar), n’hésite pas, pour se fondre dans la peau de ces « mercenaires de la plume », à faire sien leur sens de la formule et du concept en optant pour une écriture concise et très fragmentée. Exemple avec ces trois petites phrases placées, seules, en haut d’une page blanche : « Personne n’a vu venir Sarah Palin. Sans Sarah on avait peu de chances. Avec elle, nous n’en avions plus aucune. »

La Géométrie des variables, son troisième roman après Bridge Road (2006) et El Hadj (2008), se présente ainsi : une série d’anecdotes et de réflexions griffonnées sur un Moleskine par deux « rainmakers », faiseurs de pluie, faiseurs de rois. N’Dongo évite de justesse de s’enfermer dans leurs dialogues pleins de bons mots et de réparties lapidaires. De Reagan à McCain, d’Abdou Diouf à un seigneur de guerre libérien, il balaie trente années d’histoire avec cynisme, sans approfondir. L’intérêt du roman est ailleurs, dans l’exploration de cette maxime chère aux spin doctors : « Les mots ont été donnés à l’homme pour cacher sa pensée. »

Monde d’apparences, donc. Où toute parole porte en elle les germes de la corruption, où dire, écrire, c’est exister et se nier à la fois. Au final, N’Dongo questionne autant les ressorts de la rhétorique politique que ceux de l’expression artistique, a fortiori littéraire. Il en résulte un livre déconcertant, comme un point d’interrogation en haut d’une page blanche.

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