L’Agra sème à tout va

Le président de l'Agra, Amos Namanga Ngongi. © D.R.

Formation, production, distribution… Soutenue par la Fondation Rockefeller et par celle de Gates, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique a jeté, en deux ans, les bases d’une filière semences dans treize pays.

Le Ghanéen Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, a frappé aux bonnes portes. La Fondation Bill et Melinda Gates d’une part et la Fondation Rockefeller d’autre part ont adhéré rapidement à son projet, en 2006, de lancer la « révolution verte africaine ». Avec 300 millions d’euros mis dans la balance (un tiers par Rockefeller et deux tiers par Gates), l’ONG Alliance for a Green Revolution in Africa (Agra) a vu le jour avec des moyens confortables. Basée à Nairobi (Kenya), elle est dirigée par un jeune retraité, le docteur Amos Namanga Ngongi, un agronome camerounais de 65 ans, ancien haut fonctionnaire qui a arpenté les couloirs de l’ONU, du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’ambassade du Cameroun à Rome.

Le défi est immense. En 2003, à Maputo, les États de l’Union africaine se sont engagés à consacrer 10 % de leur PIB à l’agriculture. Sept ans plus tard, aucun n’y est parvenu. Or la crise alimentaire de 2008 et la fragilité des États africains face à l’envolée des prix des matières premières agricoles, cet été, rappellent que la révolution verte en Afrique demeure une urgence. Dans ce contexte, l’Agra, qui couvre 13 pays, s’est engagée à améliorer l’existant. « Avec très peu de moyens, nous pouvons multiplier par trois ou quatre la productivité des terres africaines [qui ne dépasse pas, pour l’heure, 1,2 tonne à l’hectare, en moyenne, NDLR] », affirme l’agronome, ami indéfectible de Kofi Annan, tiré de sa retraite par Bill Gates en personne. « Il faut donner accès aux intrants : semences améliorées et engrais, principalement », ajoute-t-il.

Après consultation des politiques agricoles et état des lieux sur le terrain, l’Agra a noué, dans le cadre de son Programme des systèmes semenciers pour l’Afrique (Pass), des partenariats avec des universités au Ghana, au Nigeria, au Burkina Faso, en Tanzanie, au Malawi, en Éthiopie… Dix masters et deux doctorats en recherche agronomique ont été mis en place. En parallèle, l’Institut d’économie rurale, au Mali, a bénéficié d’un soutien financier. Objectifs : former des agronomes et stimuler la recherche sur les semences.

Deuxième étape : « Une fois les nouvelles variétés créées, il faut les multiplier », enchaîne le président de l’Agra. Une quarantaine d’entreprises semencières ont ainsi vu le jour depuis 2008 sous la houlette de l’organisation : maïs, riz, sorgho, soja, mil, arachide… Ces petites entreprises ont produit 14 000 t de semences en 2009 et devraient atteindre les 20 000 t cette année. À terme, le programme vise 500 000 t, avec une étape à 250 000 t en 2020. « Avec les nouvelles variétés, le paysan peut espérer produire 6 t à l’hectare », assure Amos Namanga Ngongi.

Dix mille distributeurs

Afin de distribuer et vendre les semences, l’Agra a organisé un réseau de 10 000 « agro-dealers », faisant passer, dans les pays où l’organisation est implantée, de 17 à 4 kilomètres la distance moyenne parcourue par un paysan pour s’approvisionner. Le conditionnement des intrants a lui aussi bénéficié d’un coup de pouce, avec des contenances réduites, des prix abordables et un transport plus aisé.

L’ONG intervient enfin sur le financement, l’un des principaux nœuds du problème. L’Agra et le Fonds international de développement agricole (Fida) ont déposé chacun, jusqu’en 2012, 5 millions de dollars (environ 3,6 millions d’euros) dans un fonds de garantie auprès de la banque kényane Equity Bank. Ce qui a déjà permis à celle-ci de débloquer 50 millions de dollars, dont 22 millions ont été distribués en microcrédits à 2 millions de petits agriculteurs.

L’Agra estime que la filière semences qu’elle a instaurée a généré un marché de 46 millions de dollars. Un bilan à deux ans valorisant et suivi de près par Bill Gates, qui était présent à l’assemblée générale de l’organisation, en mars. Après l’informatique et la santé, le milliardaire semble vouloir désormais laisser son empreinte sur les terres africaines. 

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