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Ahmed R. Benchemsi et J.A. …

Directeur du magazine TelQuel 36 ans, lit Jeune Afrique depuis qu’il sait lire

Quand je suis devenu correspondant de Jeune Afrique au Maroc, en septembre 1999, Hassan II était mort depuis à peine deux mois. Le jeune Mohammed VI, encore inconnu, faisait souffler un vent de liberté sans précédent sur le royaume. Tout bougeait très vite, c’était une époque passionnante. BBY et François Soudan m’ont donné carte blanche pour en tirer le maximum, et je leur en serai toujours reconnaissant. Avec la liberté et la distance que permettait la dimension internationale de J.A., je redécouvrais le journalisme ! Depuis, je suis revenu au Maroc pour me lancer, avec un groupe de confrères, dans l’aventure TelQuel, qui a connu un certain succès.

Parmi les enseignements que j’ai tirés de ma riche expérience à J.A. : diriger un journal, en Afrique, c’est comme jouer un match de foot – il faut savoir dribbler si on veut marquer des buts. Bien sûr, on n’est jamais à l’abri d’un carton rouge injuste. Il faut l’accepter, et accepter aussi que l’arbitre ne soit ni neutre ni impartial, et qu’il décide parfois de changer les règles sans prévenir. Ce n’est pas facile tous les jours, mais cela fait partie du jeu.

Au Maroc, l’embellie des premières années de Mohammed VI n’a finalement guère duré. Chaque année, le classement du royaume régresse un peu plus dans les palmarès mondiaux de la liberté de la presse. Dribbler est devenu un exercice dangereux, et l’arbitre ne siffle plus les tacles par-derrière. Bref, la situation s’est beaucoup compliquée. Mais quand je pense à toutes les situations compliquées avec lesquelles BBY et J.A. ont dû jongler, simultanément, depuis un demi-siècle, dans leur couverture d’une multitude de pays guère portés sur la démocratie… cela me redonne un certain courage. Puisse la longévité de J.A., et son aptitude à survivre en terrain miné, donner matière à méditation aux journalistes de notre continent.

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