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Mon « Jeune Afrique » à moi

J’ai commencé à travailler à Jeune Afrique le 1er juillet 2001. Deux semaines auparavant, alors qu’il venait d’achever la lecture d’un ouvrage politique polémique que j’avais écrit sur l’Afrique, Béchir Ben Yahmed m’a invité à une conférence de rédaction du journal. Au moment où je prenais congé, il m’a lancé : « J’ai parcouru votre ouvrage. Certains de ses passages ne manquent pas d’intérêt. Si vous souhaitez collaborer avec nous, voyez François Soudan avant de partir. »

Visiblement sous la pression d’une montagne de travail, Soudan m’a dit, expéditif : « Envoyez-nous une lettre manuscrite. » Avant d’insister, réagissant à ma proposition de lui faire parvenir mon courrier par mail : « Il nous faut une lettre manuscrite. » J’ai compris quelques jours plus tard le sens de cette exigence : Béchir Ben Yahmed ne recrute personne sans avoir soumis son écriture à un graphologue. Cet esprit rationnel croit en la graphologie. C’est donc sans doute parce que le résultat de mon test a été concluant que j’ai été appelé pour entamer une période d’essai de deux semaines.

Dès mon arrivée au 57 bis, rue d’Auteuil, en cette matinée du 1er juillet, j’ai été installé devant un ordinateur dans le bureau de Samir Gharbi, un nom que je lisais depuis ma plus tendre enfance dans les colonnes de Jeune Afrique, avant de prendre part à une réunion de rédaction qui m’a fait sérieusement douter de ma capacité à rester dans cette maison. Devant un parterre pour le moins intimidé, BBY a consacré toute la séance à de très dures critiques à l’endroit des journalistes et des rédacteurs en chef. Avant de jeter à la poubelle un « article mal informé et mal écrit ».

Alors que je lui faisais part de mes appréhensions à la sortie de la réunion, Tarek Moussa, un responsable de desk devenu depuis chef de la section Maghreb & Moyen-Orient, m’a répondu : « C’est comme ça ici. Le niveau – 1 où tu te situes en arrivant est surnommé “la piscine’’. Il faut savoir nager pour pouvoir sortir la tête de l’eau. »

Les jours qui ont suivi ont été psychologiquement éprouvants pour moi, mais m’ont appris à travailler vite et bien, à prendre des initiatives, proposer des sujets, aborder des questions de prime abord au-dessus de mes compétences et de mon expérience… Au fil du temps, j’ai découvert les deux facettes de BBY : intransigeant et cassant dans le cadre du travail, il est humainement bon.

J’ai été recruté dans un contexte de vive concurrence au sein de la section Afrique subsaharienne, où les pièges et les peaux de banane ne manquaient pas. Il m’a protégé et m’a très vite mis sur des sujets et des missions qui m’ont aguerri.

Pour être l’un des journalistes qui ont travaillé étroitement avec lui, j’ai beaucoup appris de son intelligence, de son exceptionnelle capacité de travail, de sa méthode de gestion des hommes…

Quand il a décidé de se retirer, en 2007, l’arrivée aux commandes du binôme François Soudan-Marwane Ben Yahmed a desserré la pression sur les journalistes, mais sans rien concéder sur l’obligation de résultat.

Mon Jeune Afrique à moi est une école, un journal soucieux de mesure, qui ne flatte ni ne critique avec excès, une institution respectable à mille lieues de la caricature que certains de ses détracteurs en font. 

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