Marre d’être opposant !

À Moroni, sur la place Badjanani, où se trament toutes les intrigues politiques, on appelle ça « l’inscription ». « C’est un spectacle de rentrée des classes. Tout le monde va s’inscrire chez Ikililou », se moque Kamal, un habitant de la capitale. Ikililou Dhoinine, le dauphin du président sortant Ahmed Abdallah Sambi, est le grand favori de l’élection présidentielle du 26 décembre. Le rejoindre, c’est s’assurer un poste de premier plan. Même les plus indécrottables des anti-Sambi s’y sont (sou)mis…

Le premier à virer sa cuti a été Saïd Ali Kemal. Fin novembre, cet opposant à tous les régimes depuis trente ans est apparu, à la surprise générale, aux côtés de Dhoinine lors d’un meeting. « Le docteur Ikililou est le meilleur », a-t-il lancé à la tribune. En privé, le descendant du dernier sultan de la Grande Comore avance d’autres considérations plus prosaïques. « Il en a assez d’être dans l’opposition », explique un proche.

Le lendemain, Kemal était rejoint par l’avocat Ibrahim Ali Mzimba. Lui aussi avoue être fatigué par douze années d’opposition « qui ne [lui] ont rien apporté ». Petit détail que n’ont pas manqué de relever les observateurs : Mzimba était, à l’Assemblée nationale, le seul député de l’opposition… Depuis, d’autres opposants de renom ont rallié le camp présidentiel, dont ceux du Front démocratique (FD), historiquement ancré à gauche. Chez les partisans de Mohamed Saïd Fazul, le principal adversaire de Dhoinine, on se plaît à ironiser sur ces « revirements opportunistes ». À défaut de les digérer.