Quand Biya rencontre Fru Ndi

Le président camerounais Paul Biya et son principal opposant, John Fru Ndi, se sont parlé en tête-à-tête pour la première fois le 10 décembre à Bamenda, au lendemain des festivités du cinquantenaire de l’armée.

Pendant vingt ans, ils se sont jaugés, défiés et invectivés à distance. Mais jamais le président Paul Biya et John Fru Ndi, chef du Social Democratic Front (SDF), premier parti de l’opposition camerounaise, ne s’étaient rencontrés. De tous les acteurs de premier plan de la vie politique, le leader anglophone était le seul à n’avoir jamais serré la main de son rival francophone. À sa demande, ils se sont enfin parlé en tête-à-tête, le 10 décembre à Bamenda, au lendemain des festivités du cinquantenaire de l’armée.

Qualifiée de «cordiale et détendue » par Joshua Osih, le vice-président du SDF, la rencontre a duré plus longtemps que prévu. Désireux de dissiper les malentendus accumulés depuis tant d’années, Fru Ndi a évoqué deux dossiers sensibles : le statut de l’opposition et la création d’un cadre formel de dialogue. Mais aussi celui, plus délicat encore, d’Elections Cameroon (Elecam), l’organisme « indépendant » chargé, depuis 2006, de l’organisation, de la gestion et de la supervision du processus électoral et référendaire. Pouvoir et opposition sont, sur ce point, en total désaccord.

Négociée avec le gouverneur de la région du Nord-Ouest, la rencontre devait initialement avoir lieu la veille, mais a été reportée pour des raisons d’emploi du temps. Biya a donc différé son retour à Yaoundé pour s’entretenir avec l’homme qui, en mai 1990, lança le SDF. « Rien ne sera plus comme avant », pronostique un ancien député de ce parti, enchanté par ce qu’il considère comme une avancée du dialogue politique. Même si Biya et son éternel challengeur vont encore devoir s’affronter lors de la présidentielle d’octobre 2011.