Après un passé politique agité, la stabilité à tout prix

Grâce au pétrole, le Tchad est en train de remonter la pente. Ici N'Djamena, la capitale. © Reuters

Longtemps considéré comme étant l’un des plus instables et violents du continent, le pays, bien qu’encore fragile, est en train de retrouver son équilibre.

Parmi les événements qui auront profondément marqué le Tchad ces dix dernières années, l’entrée triomphale des rebelles venus de l’est dans N’Djamena, début février 2008, occupe certainement la première place. Au cours de cette énième tentative de prise du pouvoir par la force, outre le nombre de civils tués, la disparition de leaders de l’opposition, la destruction et le sac d’infrastructures, c’est le siège du palais présidentiel qui a le plus ébranlé les esprits. Le pouvoir, acculé, tangue, avant de reprendre miraculeusement le dessus.

1960-1979 : la descente aux enfers

Le point de départ du chaos tchadien tient, sans doute, aux carences de gouvernance du premier président du pays, Ngarta Tombalbaye, pour lequel la violence d’État semble le seul moyen de mettre au pas ses adversaires. Nous sommes encore dans les années 1960. Tombalbaye recourt plus au bâton qu’à la carotte et frappe dans tous les sens. Certains Tchadiens, en particulier ceux qui vivent dans la partie septentrionale, ont alors le sentiment d’être marginalisés, leurs compatriotes du Sud (dont le président est originaire) contrôlant tout l’appareil d’État. C’est un héritage de la colonisation française, qui avait coupé le Tchad en deux : dans le Sud, le « Tchad utile » et chrétien, dont les ressortissants devaient bénéficier d’une bonne éducation, et dans le Nord le Tchad musulman, « sans grand intérêt ».

Dans ce contexte tendu, Tombalbaye instaure le parti unique en 1963. Officiellement, il vise le rassemblement de tous les Tchadiens. En réalité, il renforce son penchant pour le pouvoir personnel et l’autoritarisme. Mais ce n’est pas ce qui pousse à la révolte. Ce sera l’emprunt national obligataire lancé en 1964 et les mesures fiscales prises l’année suivante. La première rébellion contre le pouvoir établi éclate dans le Guéra, région du Centre-Est, gagne le Salamat voisin, avant de s’étendre au Ouaddaï (Est) et au triangle septentrional (Bornou-Ennedi-Tibesti), de 1967 à 1968.

Dans le nord du pays, la rébellion prend un visage : celui du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), créé avec la bénédiction du Soudan, avant de tomber sous la coupe du colonel Kadhafi, qui vient de prendre le pouvoir à Tripoli, en septembre 1969. Un nom s’impose aussi, celui de Goukouni Oueddeï, qui sera rejoint par un préfet déserteur, Hissène Habré. Pour combattre les rebelles, Tombalbaye fait appel à l’armée française. En 1975, il périt dans un coup d’État mené par le général Félix Malloum. C’est la descente aux enfers.

1979-1990 : Habré et la terreur

En 1979, incapable de contrôler la situation, Malloum se retire. La guerre civile ravage le pays et touche très durement N’Djamena, ville martyre où se règlent des comptes sur des bases ethniques. Goukouni Oueddeï et le Frolinat prennent le dessus. Un Gouvernement d’union nationale de transition (Gunt), présidé par Goukouni Oueddeï, est formé.

Le Tchad est désormais un champ de bataille où la France et la Libye s’affrontent par le biais de leurs pions respectifs. Mais le tandem Oueddeï-Habré fait long feu. Évincé, le second s’éclipse, avant de revenir en force en 1982. Soutenu par la France, il chasse son ancien allié de N’Djamena et s’autoproclame président. Une chape de plomb tombe sur le Tchad, où Hissène Habré règne par la terreur.

1990-2010 : les années Déby Itno

En décembre 1990, l’un de ses plus proches collaborateurs, Idriss Déby Itno, lance une offensive à partir du Soudan. Exit Habré. Depuis, Déby Itno a lui-même échappé à plusieurs tentatives de renversement. Ses adversaires étant, parfois, des membres de sa famille.

Les années Déby Itno sont contrastées, en fonction du camp auquel on appartient. Ses partisans mettent en avant le fait qu’il a conduit le pays sur la voie du multipartisme grâce à la Conférence nationale de 1993. Selon eux, il est le vrai bâtisseur du pays, dans la mesure où il a utilisé les ressources générées par le pétrole depuis 2003 pour doter le Tchad des infrastructures qui lui faisaient cruellement défaut depuis son indépendance. Quant aux adversaires du président tchadien, tout en reconnaissant son rôle dans l’émergence du multipartisme, ils dénoncent une « démocratie sous contrôle », « la permanence de la violence d’État », pensent que les infrastructures construites sont en deçà de ce que le gouvernement aurait dû faire et condamnent une gestion opaque de l’argent du pétrole, qui serait utilisé pour des dépenses militaires.

Grâce au pétrole, qui représente environ 45 % du produit intérieur brut (PIB) et reste un facteur déterminant de croissance, le Tchad est en train de remonter la pente et de prendre en main son développement. Les investisseurs arrivent, particulièrement dans le secteur pétrolier, mais aussi dans la banque, les télécommunications, sans oublier l’agro-industrie.

Avec 39 millions d’hectares cultivables, le potentiel du pays dans ce secteur est en effet considérable, même si l’une de ses principales cultures, le coton, est en perte de vitesse.

Le Tchad est par ailleurs le numéro un de l’Afrique centrale, en matière d’élevage, avec un cheptel de plus de 19 millions de têtes (10 millions de bovins, 5 millions de caprins, 3 millions d’ovins, 1,2 million de camelins). Le secteur reste à développer car, pour le moment, c’est surtout sur pied que le bétail est commercialisé et exporté vers les pays voisins et au-delà. La pêche a également retenu l’attention du gouvernement, qui, en 2007, a investi 13,2 milliards de F CFA (plus de 20 millions d’euros) dans un plan de développement du secteur.

Pour tourner la page et repartir sur de bonnes bases, le Tchad a besoin de deux choses : la paix et la stabilité. La récente réconciliation avec le Soudan voisin en constitue, certainement, les prémices.

Les regards se tournent désormais vers les élections générales initialement prévues en 2010 et repoussées à 2011, qui, selon le calendrier électoral adopté le 9 octobre, se dérouleront le 6 février pour les législatives, le 3 avril pour le premier tour de la présidentielle et le 26 juin pour les locales. 

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