Nimrod, l’inconsolable exilé

Par Jeune Afrique

Nimrod Bena Djangrang vit en France depuis une vingtaine d'années. © D.R.

Avec L’Or des rivières, publié en avril, l’auteur tchadien, qui vit en France, nous entraîne, par son écriture charnelle, incandescente et nostalgique, dans un retour à sa terre natale toujours plus personnel.

« Demeurer fidèle à la poussière, telle est ma tâche, explique-t-il. En elle se trouve résumée ma condition. Depuis mon premier livre, je tourne autour du malaise d’habiter en elle. » Poète avant tout, auteur de romans et d’essais – dont un poignant hommage à Senghor, qui fut son maître à penser et à poétiser –, Nimrod construit une œuvre singulière, marquée du sceau de l’exil et de la nostalgie.

Né le 7 décembre 1959 à Koyom, dans le sud du pays, Nimrod Bena Djangrang a quitté la savane tchadienne à l’âge de 25 ans pour échapper à la précarité engendrée par la guerre civile. Pendant sept ans, il poursuit ses études en Côte d’Ivoire, avant de gagner la France.

Dès son premier recueil de poèmes, publié en 1989 (Pierre, poussière, éditions Obsidiane), cet inconsolable exilé passe par l’écriture pour renouer avec son pays natal. Une écriture lyrique qui reconstitue les territoires de l’enfance, les saisons, les amours, les « infinies métamorphoses du crépuscule ». C’est « le tribut que [l’exilé] doit payer à la nostalgie et à ses variantes que sont l’amour, la beauté, la mère. […] On ne sera jamais guéri d’avoir survécu à tant de beauté, à tant de misère ».

L’œuvre romanesque du Tchadien s’inscrit dans cette quête vertigineuse du passé et de soi. Dans son magnifique et très sensuel premier roman, Les Jambes d’Alice (2001), qui l’a révélé, Nimrod met en scène un désordre amoureux et psychique sur fond de guerre civile, celle de la bataille de N’Djamena, en 1979, qui l’a mis sur le chemin de l’exil. Jeune professeur de français, le héros-narrateur fuit les bombardements et croise le chemin d’Alice, qui, en temps de paix, fut son élève et l’objet de ses fantasmes. À la faveur du chaos, ces derniers vont se réaliser, tel un triomphe de la vie et des sens sur la tragédie de la guerre. 

Le poète se met à nu

Plus autobiographique, Le Départ (2005) retrace les heurs de l’enfance dans le « pays d’avant ». La figure du père est omniprésente : il fut beaucoup aimé, beaucoup craint et fut, surtout, à l’origine de la venue à l’écriture du fils. Pasteur luthérien, le père était un homme du Livre (avec un grand L), dont il semait les paroles sacrées dans les paroisses lointaines au cœur du désert. C’est un récit lumineux, éclairé par le bleu du ciel tchadien que l’auteur, aujourd’hui exilé dans le froid et la brume de la France septentrionale, n’oublie pas.

Après le départ et le père, le retour et la mère. Elle est au cœur de L’Or des rivières, paru en avril, où, à travers sept récits poétiques, l’auteur-narrateur revient au pays, comme chaque année, pour la visiter. Visiter sa mère, ses rêves, ses secrets et les reproches qu’elle aime lui adresser.

Nimrod chante ses retrouvailles avec la famille et avec son pays, dont il célèbre la beauté (ses parties de pêche dans l’or des rivières), en même temps qu’il le pleure. « C’est ma mère qui invente ce pays. Comme j’ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j’ai eu 19 ans – qui est l’âge de la guerre civile –, le pays ne cesse de me piller. Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes tchadiens – présents et à venir – je dédie cette parcelle de nudité que même la fraîcheur matinale dédaigne désormais. Il faut beaucoup d’imagination pour lui trouver un attribut maternel. C’est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad. »

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BIBLIOGRAPHIE

Poésie (Éd. Obsidiane)

 Pierre, poussière, 1989

 Passage à l’infini, 1999

 En saison, 2004

 Babel, Babylone, 2010

 

Romans (Éd. Actes Sud)

 Les Jambes d’Alice, 2001

 Le Départ, 2005

 Le Bal des princes, 2008

 Rosa Parks, 2008

 L’Or des rivières, 2010

 

Essais

 Tombeau de Léopold Sédar Senghor, Le Temps qu’il fait, 2003

 Il est temps de considérer le français comme une langue africaine, Farrago, 2007

 La Nouvelle Chose française, Actes Sud, 2008

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