« TGV », la voie royale ?

Au centre, le chef de l'État malgache et son épouse, Mialy, le 11 décembre. © Direction de la communication à la présidence de la HAT.

Nouvelle République, nouvel hôtel de ville, marche royale et promesse de jours meilleurs... Andry Rajoelina ne mégote pas sur les symboles. Le message lancé est clair : l’homme providentiel, c’est lui ! Reste à savoir s’il sera candidat à la présidentielle de juin 2011.

Quand ils ont entendu l’information à la radio, le 10 décembre à l’heure de la sieste, certains chefs d’entreprise ont d’abord cru à une blague. Puis ils se sont renseignés auprès de la présidence. Et, une fois le combiné raccroché, se sont laissés aller à quelques jurons… « Oui, demain sera bien un jour chômé et payé », leur a-t-on confirmé. Dorénavant, il en sera ainsi chaque 11 décembre, « jour d’anniversaire de la promulgation de la IVe République », selon le décret publié à cet effet.

Ce samedi-là, le président de la Haute Autorité de la transition (HAT), Andry Rajoelina, ne s’est pas contenté de proclamer ouverte la nouvelle République, dans le palais de Iavoloha, accompagné de sa femme, Mialy. En visitant quelques minutes plus tard le chantier du Palais de la reine, détruit par un incendie en 1995, en rejoignant à pied la place du 13-Mai, entouré de mpiantsa (des chanteuses royales) et de mille guerriers, reconstituant ainsi un fragment de la légende de Radama 1er (le premier souverain d’une Madagascar unifiée), et en inaugurant le nouvel hôtel de ville, la « fierté » des Tananariviens, détruit par les flammes en 1972, Rajoelina a lancé un message fort à ses concitoyens : l’homme providentiel, c’est lui !

« Ce n’est pas la nouvelle Constitution qui a été fêtée, ni l’hôtel de ville, c’est Andry Rajoelina », persifle un membre du Congrès de la transition. Pour lui, « Rajoelina a tiré un trait sur sa promesse du mois de mai », lorsqu’il avait déclaré qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle de juin 2011. Après cette démonstration élaborée par le président lui-même en moins d’une semaine, plus personne n’en doute à Tana. « Il ne fait pas ça pour rien, concède un de ses plus proches conseillers. Je crois qu’il va se présenter. »

La communauté internationale fait tout pour s’y opposer. La France, qui l’avait poussé à faire cette promesse en mai, et les États-Unis sont sur la même longueur d’onde – et le lui ont fait savoir. « Il ferait une grosse erreur, il se mettrait tout le monde à dos », estime un diplomate, alors que la plupart des représentations étrangères ont boudé les festivités du 11 décembre.

De nature optimiste, ce dernier s’accroche à une confidence que Rajoelina aurait faite récemment, d’abord à l’ambassadeur français, puis à son homologue américain. « Il leur a dit que son intérêt était de laisser planer le doute le plus longtemps possible, car le jour où il n’est plus candidat, il est fini. » Mais ce diplomate est forcé de constater que « le train est parti » et qu’il sera difficile, désormais, de le rattraper. « Rajoelina n’est pas surnommé TGV pour rien, c’est un fonceur, quand il a décidé quelque chose, plus personne ne peut le faire changer d’avis », confie son bras droit, Augustin Andriamananoro. Surtout, « il n’est plus naïf. Il a signé [les accords de] Maputo, Addis-Abeba, il a annoncé sa non-candidature, mais rien de ce qu’on lui avait promis en échange n’est arrivé. Il a compris qu’il ne peut compter que sur lui-même ».

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