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Oui, l’Afrique change

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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L’année 2010 s’est donc achevée sur une bien triste note, celle du pandémonium ivoirien. Le cycle des commémorations des cinquantenaires de l’indépendance de dix-sept pays africains aurait mérité meilleur épilogue. La célébration des vingt ans de la naissance du multipartisme aussi…

Pourtant, n’en déplaise aux afro­pessimistes de tous poils, ce n’est pas à l’aune des rendez-vous manqués d’une Afrique prétendument rétive à toute culture démocratique que l’on doit juger l’évolution de notre continent. Car 2010 aura aussi suscité des motifs d’espoir et de satisfaction.

D’abord, d’un point de vue général, nous ne pouvons que constater la vigilance accrue des institutions africaines, continentales comme régionales. Et si les coups d’État sont toujours de mise, ils ne « passent plus comme une lettre à la poste ». Leurs auteurs sont désormais contraints de rendre des comptes, d’organiser des transitions ou des élections, subissent sanctions et mises au ban, et doivent, parfois, se résoudre à partager le pouvoir (Zimbabwe, Kenya). Ce n’est certes pas suffisant, mais c’est un grand pas en avant.

Ensuite, s’agissant de la tenue de scrutins transparents et démocratiques, si nous sommes, là encore, loin du compte, il n’en reste pas moins que les chefs d’État ne peuvent plus se comporter en satrapes omnipotents et intouchables. Il est de plus en plus difficile de frauder, d’empêcher ses adversaires de concourir et de faire taire ceux qui, simples citoyens comme « grands quelqu’un », demandent à s’exprimer. Les sociétés civiles se mobilisent de plus en plus, les opérateurs économiques n’hésitent plus à mettre leur grain de sel dans le débat politique, les médias, grâce à internet, s’émancipent et gagnent en visibilité, et donc en influence. Les petits et grands arrangements avec la morale ou la loi ne sont plus aussi simples, pas plus que le pillage des deniers publics ou les atteintes aux droits de l’homme, systématiquement dénoncées ou presque.

Enfin, la liste des « bons élèves », ceux qui, même de manière imparfaite, progressent sur cette voie vertueuse, s’allonge : Afrique du Sud, Maurice, Botswana, Ghana, Liberia, Mali, Bénin, Sénégal, Cap-Vert, São Tomé, Maroc… Comment ne pas saluer aussi l’heureux sursaut de la Guinée, que nous n’imaginions pas, il y a quelques mois à peine, capable de s’extirper d’un chaos quasi atavique ? Comment « zapper » ces images cathodiques de joie et de fierté de tout un continent lors du premier Mondial de football – événement planétaire majeur s’il en est – organisé sur son sol ? Lequel a au passage démontré qu’impossible n’est pas africain. Comment ne pas voir dans l’émergence d’une véritable classe moyenne la naissance d’une opinion publique qui entend peser sur les évolutions nationales, voire continentales ? Pourquoi oublier que, dans leur ensemble, nos pays progressent en matière de performances économiques, de gouvernance, de développement humain comme de respect des droits de l’homme ? Que la scène culturelle africaine n’a jamais été aussi féconde ? À l’heure du bilan, cette liste non exhaustive des bonnes nouvelles, souvent occultées, ne peut que nous inciter à redoubler d’efforts et de vigilance. Pour que ce fragile cercle vertueux ne soit plus jamais remis en question. Belle année à toutes et à tous !

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