De l’art de la guerre à l’orientale

Le 15 décembre, à 14 heures, les sirènes ont retenti, et la Corée du Sud s’est arrêtée. C’était le début du plus important exercice de défense civil depuis 1975. Endormis par des années de politique de la main tendue à la Corée du Nord, les Sud-Coréens, terrés dans les milliers d’abris que compte le pays, ont été rappelés à la réalité d’une menace nord-coréenne à son paroxysme depuis le bombardement de l’île de Yeonpyeong le 23 novembre.

En décidant, en dépit de la désapprobation de Pékin et de Moscou, de procéder à des tirs d’artillerie à Yeonpyeong, la Corée du Sud prenait un risque. Mais le président Lee Myung-bak, critiqué pour son manque de réaction lors de l’incident de la corvette Cheonan, au printemps, puis pour sa gestion de la crise de Yeonpyeong, avait promis d’adopter une ligne de conduite sans concession. « Il en va de la souveraineté de notre pays », a estimé Kim Kwan-jin, le ministre de la Défense. Initialement prévues le 11 décembre, les manœuvres ont toutefois été retardées. Officiellement en raison du brouillard. Mais aussi, peut-être, pour laisser le temps aux Nations unies de tenir une réunion du Conseil de sécurité afin de trouver une issue à la crise, la Corée du Nord ayant menacé Séoul d’une frappe nucléaire en cas de provocation.

Art de la guerre à l’orientale oblige, Séoul avait intérêt à offrir à Pyongyang une ultime possibilité de sauver la face. Il a donc modifié légèrement l’angle de tir de son artillerie pour inciter son voisin à renoncer à une frappe de riposte. À moins d’un vent de rébellion dans l’armée nord-coréenne qui forcerait un Kim Jong-il, fragilisé par l’âge et sa prochaine succession, à une nouvelle attaque « surprise », la Corée du Nord, à l’approche de l’hiver, devrait à présent s’efforcer de calmer le jeu. Selon CNN, elle aurait déjà accepté le retour des inspecteurs de l’AIEA sur son site nucléaire de Yongbyon…