Le discret M. Dhoinine

Le 4 novembre 2010, sur l'ïle de Mohéli, trois jours avant le premier tour de la présidentielle. © Ibrahim Youssouf/AFP

Effacé, peu ambitieux, cet ancien pharmacien n’avait jamais pensé devenir le premier Mohélien à diriger l’archipel. Jusqu’à sa rencontre avec Sambi, en 2006.

Les Oukacha, Hassanaly, Bounou et autres figures mohéliennes peuvent l’avoir mauvaise : malgré des années de combats politiques, aucun d’entre eux ne sera le premier président des Comores issu de la petite île de Mohéli. La gloire, c’est un novice, Ikililou Dhoinine, qui y goûtera après sa victoire à l’élection présidentielle du 26 décembre, avec 60 % des voix (résultats qui restent à confirmer par la Cour constitutionnelle). Dhoinine : « Un type discret, pour ne pas dire effacé », raille un de ses adversaires ; « Un bon gars, honnête, mais qui n’a pas la carrure d’un chef d’État », reconnaît un de ses amis. Un homme de 48 ans que rien ne prédisposait à la fonction suprême, jusqu’à cette rencontre cruciale avec Ahmed Abdallah Sambi, il y a cinq ans.

Lorsqu’il se rend à Mohéli, début 2006, pour y chercher son colistier en vue de la présidentielle, Sambi n’est alors qu’un entrepreneur anjouanais à succès mais sans parti, qui compte sur ses réseaux religieux pour trouver un homme de confiance. « Il cherchait trois caractéristiques, se souvient un de ses collaborateurs. Il voulait un homme pieux, social et dont la réputation n’avait pas été entachée par l’exercice du pouvoir et les magouilles. »

C’est vers un inconnu qu’on l’envoie : le patron d’une pharmacie de Fomboni dont Sambi n’a jamais entendu parler, qui mène une vie paisible dans son village natal de Djoiezi­, avec sa femme et ses deux enfants. Pieux, Dhoinine l’est, même s’il ne fréquente pas les djaoulas, les islamistes. Social aussi, personne n’en doute : « Il a toujours été très actif dans les associations villageoises », se souvient un ami d’enfance. Quant à sa réputation, ce n’est pas un problème : elle est quasi inexistante.

Fidélité

Ikililou Dhoinine a certes dirigé l’un des clubs de foot les plus importants du pays, Belle Lumière de Djoiezi, mais ce n’est pas suffisant pour se faire un nom hors de Mohéli. Il a aussi mené, dans son île, le projet Santé III, financé par la Banque mondiale. « Il a beaucoup fait pour l’île à l’époque », relève Hamada Madi Boléro, l’ancien directeur de cabinet d’Assoumani Azali, candidat à la présidentielle éliminé dès le premier tour, le 7 novembre.

Quand Sambi, orateur hors pair, approche Dhoinine le taiseux, ce dernier se tâte. Le pharmacien formé en Guinée a déjà goûté au fruit amer de la politique. C’était en 2004 : Boléro, candidat aux législatives, l’avait nommé directeur de campagne, avant de perdre, lâché par son parti. Dhoinine, « dégoûté », refusera d’entrer dans le nouveau gouvernement. Deux ans plus tard, convaincu par Sambi qu’ensemble ils pourront développer le pays, il change d’avis. Pendant cinq ans, il quitte son île et devient le « fidèle » vice-président.

Cette fidélité, les opposants s’en inquiètent. Il n’est pas rare, à Moroni, d’entendre parler de Moscou. « Sambi, c’est Poutine, et Dhoinine, Medvedev. Le premier n’est plus là, mais c’est lui qui continue de diriger », affirme un opposant. Les amis de Dhoinine s’en offusquent : « Ikililou sait ce qu’il veut, il saura s’émanciper de Sambi », dit l’un d’eux. Mais un autre proche, un ministre, se veut lucide : « Dhoinine a été élu parce que Sambi l’a voulu, il lui doit tout. Surtout, Sambi a installé un système, le sambisme, auquel Dhoinine croit très fort. » Et qui pourrait aboutir, dans cinq ans, au retour de son mentor.