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Cet article est issu du dossier «Tunisie : les secrets d'une révolution»

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Défense

Tunisie : la Grande Muette a dit « non »

L’armée nationale a refusé de participer à la répression des manifestations. Mieux, c’est elle qui a contraint le chef de l’État à quitter le pouvoir en déployant des blindés autour du palais de Carthage, le 14 janvier.

Jeudi 20 janvier, l’armée tunisienne a commencé à alléger sa présence sur les points stratégiques où elle était stationnée dans le cadre de l’état d’urgence, décrété le 14 janvier pour enrayer les attaques des miliciens proches de l’ancien régime. Une semaine après la fuite de Ben Ali, on peut dire : mission accomplie.

En répondant simplement « non » à l’ordre de tirer sur des manifestants désarmés, l’armée nationale a évité un bain de sang, et permis à la révolution d’aller jusqu’au bout et de mettre un terme à la mainmise de Ben Ali et des familles qui l’entourent sur l’État tunisien. Dans le même temps, elle a aménagé au président déchu une porte de sortie définitive avec le départ à Djeddah. En coordination avec les autres forces de sécurité, elle a ensuite participé à la neutralisation des « bombes » à retardement laissées par Ben Ali. Elle a, enfin, favorisé le déclenchement d’un extraordinaire processus de libération, ô combien salutaire pour la Tunisie.

C’est pourquoi, en voyant se retirer les soldats positionnés non loin de chez elle, dans un quartier de Tunis, Najet B., institutrice, qui, de temps à autre, leur préparait un plat de macaronis, a versé une larme. « J’étais rassurée avec ces jeunes dont le comportement avec les civils a été exemplaire, dit-elle. Ils sont disciplinés, serviables et amicaux. »

Cette idylle entre l’armée et le peuple a commencé dès le déclenchement de la révolte dans la région de Sidi Bouzid. On a vu les manifestants, mais aussi le reste de la population, fraterniser avec les soldats et même s’abriter derrière eux lorsqu’ils étaient en difficulté.

Les Tunisiens n’oublieront pas de sitôt le nom du général Rachid Ammar, 64 ans, chef d’état-major de l’armée de terre, auquel ils sont reconnaissants de ne s’être pas aveuglément plié, le 13 janvier, à l’ordre insensé de Ben Ali de tirer sur ses concitoyens. Son nom, tout comme celui des autres officiers de l’armée, était jusque-là inconnu. Les Tunisiens ne l’ont découvert que lorsque la rumeur a couru qu’il venait d’être « limogé » par Ben Ali. L’a-t-il réellement été ? Ceux qui connaissent l’ex-président affirment qu’il n’aurait pas osé le faire à chaud, et que c’est vraisemblablement Ammar qui s’est retiré chez lui, dans son village natal de Sayada, à une quinzaine de kilomètres au sud de Monastir, pendant seulement quelques heures, avant de reprendre du service le jour de la « fuite » de Ben Ali. Depuis, il n’est pas apparu en public, n’a fait aucune déclaration et affiche la plus grande discrétion. Les médias n’ont de lui que de rares photos anciennes, prises à des conférences militaires internationales.

Respect des libertés

Le plus impressionnant, c’est que l’armée tunisienne, à cette occasion, a conservé un profil bas qui confirme qu’elle s’est professionnalisée, qu’elle est de plus en plus républicaine, au sens où elle est au service du pays et non pas des hommes politiques. Ses cadres sont en constante formation.

Ceux qui connaissent les officiers les plus anciens les décrivent comme apolitiques, mais éduqués, au fait des évolutions de la société, à l’intérieur comme à l’extérieur. Formés ou perfectionnés pour la plupart aux États-Unis, ils sont plus sensibles que leurs prédécesseurs à la nécessité de respecter les libertés et de promouvoir la démocratie, et se considèrent comme les serviteurs et les défenseurs de la nation et de la République. Tel est d’ailleurs le profil de Rachid Ammar, qualifié par un bon connaisseur de l’armée d’« homme ouvert et discipliné ».

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