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Mohamed Ghariani : « Fini l’omnipotence du parti majoritaire tunisien »

Mohamed Ghariani, secrétaire général du RCD. © Hichem

En septembre 2008, Mohamed Ghariani devient le secrétaire général de l’ex-parti au pouvoir et, en réalité, son numéro trois. Après la fuite du président déchu et la démission de Mohamed Ghannouchi, qui était le numéro deux, il en est aujourd’hui la seule adresse connue.

Jeune Afrique : Quand avez-vous vu Ben Ali pour la dernière fois ?

Mohamed Ghariani : C’était le 11 janvier, au palais de Carthage, trois jours avant sa fuite

Comment l’avez-vous trouvé ?

Il était inquiet. Il n’arrêtait pas de s’étonner et de dire qu’il cherchait à comprendre… Il était dépassé par les événements. Et je suis sorti de l’entretien avec l’impression qu’il n’avait pas encore compris. 

Que vous a-t-il dit ?

Il a reproché au RCD [Rassemblement constitutionnel démocratique, NDLR] de n’avoir rien fait pour contrer les manifestations. Je lui ai répondu que les destouriens [les adhérents du RCD] ont eux aussi des enfants au chômage, dont certains ont même été tués.

On dit pourtant que le RCD avait des milices…

Non, le RCD n’a pas de milices. Il n’a aucun lien avec la répression de la révolte populaire. Les membres du parti ne sont pas intervenus dans les régions. Ils ont reçu pour consigne de ne pas aggraver la situation du pays. Puis ils se sont solidarisés avec les manifestants de leurs villes quand ils ont vu qu’il y avait des morts. Le RCD était déjà mort, le système l’avait tué. J’avais essayé de le ranimer, mais il ne répondait plus. Aujourd’hui, je n’ai rien, je ne dirige rien. Il n’y a plus de parti. 

Quel avenir politique pour la Tunisie ?

La Tunisie ne peut plus être gouvernée par un seul parti, mais par une coalition. Fini l’omnipotence du parti majoritaire. Nous sommes tous des victimes du régime [de Ben Ali]. Les événements sont une occasion pour nous tous de construire une Tunisie nouvelle. 

Quelles conséquences pour le RCD ?

Il faut en changer le nom et le règlement intérieur. Je suis pour la séparation totale du parti et de l’État [décidée par le gouvernement élargi]. Aujourd’hui, et pour la première fois depuis l’indépendance, le RCD n’a pas un chef d’État à sa tête. Il est devenu un parti parmi d’autres.

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