Maroc : le prince rouge Moulay Hicham et les « révolutions arabes »


Le prince Moulay Hicham, le 14 octobre 2001 à Rabat. © AFP

Surnommé le "prince rouge" en raison de ses critiques contre la monarchie marocaine, Moulay Hicham a fait plusieurs déclarations dans la presse sur la nécessité de réformer le royaume qui n'ont pas du tout été appréciées par Rabat. Les réactions sont vives.

C’est peu dire que le pouvoir marocain n’a que très modérément apprécié les récentes déclarations du prince Moulay Hicham au quotidien espagnol El País, puis dans d’autres médias. Après avoir affirmé que « le Maroc ne fera probablement pas exception » à la vague de contestation qui, selon lui, est en passe d’atteindre « tous les régimes autoritaires » de la région, le cousin de Mohammed VI ajoute que « l’étendue » et « la vaste concentration » du pouvoir monarchique sont incompatibles avec « la dignité du citoyen ».

« C’est la première fois qu’il s’en prend aussi directement au régime, commente un proche du Palais. Pourquoi le prince ne vient-il pas ici pour créer un parti plutôt que de critiquer de l’extérieur ? Pourquoi ne l’entend-on jamais s’exprimer sur les monarchies du Golfe ? Pourquoi ne crée-t-il pas davantage d’emplois dans son pays, plutôt que d’investir dans les Émirats ou en Thaïlande ? »

Prophétie autoréalisatrice ?

Pour l’instant, aucun des quatorze partis marocains, que Moulay Hicham juge pourtant « enhardis par les récents événements », ni aucune « contestation purement sociale » particulière ne semble avoir répondu à ce qui ressemble fort à une tentative de prophétie autoréalisatrice. Seule la confrérie islamiste Al Adl wal Ihsane (Justice et bienfaisance) a salué « les manifestations en Tunisie et en Égypte » et appelé à un « changement démocratique urgent […] afin d’instaurer une véritable séparation des pouvoirs » ainsi qu’ à « l’établissement de mécanismes mettant fin à l’autocratie ».

Pourtant, « beaucoup pensent qu’une réforme constitutionnelle permettant au Maroc de se doter d’institutions plus modernes est nécessaire », estime Driss Benali, économiste et analyste de la scène marocaine. Pour lui, « la société marocaine n’est pas à l’abri de ce qui se passe ailleurs » et « plutôt que de subir les événements, il vaudrait mieux les anticiper et faire des réformes ».

L’économiste Najib Akesbi évoque quant à lui « la corruption et le népotisme » dans le royaume comme cause de mécontentement populaire, et souligne que le Maroc (85e) est classé nettement derrière la Tunisie (59e) dans le dernier classement de Transparency International sur la corruption.

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