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Hosni Moubarak : en Égypte, excès de prudence n’est pas mère de sûreté

Écrit par Roula Khalaf

L'ex-président Hosni Mobarak se voyait comme le gardien de la stabilité de l'Égypte. © Reuters

Rejeté par la majorité de son peuple, poussé dehors par les militaires, lâché par les Américains, Hosni Moubarak a fini par quitter le pouvoir, le 11 janvier. Retour sur un règne dont la fin ne signifie pas forcément celle du régime, encore largement dominé par une armée égyptienne aux privilèges étendus.

L’ex-raïs égyptien, 82 ans, était connu pour son obstination et son extrême prudence. Mais c’est justement cette attitude inflexible qui a alimenté la colère de son peuple. Les jeunes, qui, à l’exemple de leurs frères tunisiens, se sont débarrassés de leur peur, puis de leur président, ne voyaient plus rien d’extraordinaire dans la stabilité dont Moubarak se disait être le garant. À leurs yeux, le système politique était sclérosé et appartenait à une autre époque.

Souvent dépeint comme l’archétype du dirigeant arabe autoritaire, Moubarak n’a ni le charisme d’un Gamal Abdel Nasser, ni le panache de son prédécesseur, Anouar al-Sadate. « Un réaliste convaincu qui a fait ses preuves », qui « n’a pas de temps pour l’idéalisme » : voilà comment les diplomates américains le décrivent dans un télégramme de 2009 révélé par WikiLeaks.

Né dans une famille modeste du delta du Nil, Hosni Moubarak est diplômé de l’académie militaire en 1949, puis il reçoit une formation de pilote de chasse qui sera le socle de sa carrière politique. Après la défaite arabe de 1967, il orchestre la reconstruction de l’armée de l’air et devient l’un des héros de la guerre de 1973, qui va mener aux négociations de paix et à la restitution du Sinaï occupé à l’Égypte. Deux ans plus tard, il est nommé vice-président. Après l’assassinat de Sadate, il prend le pouvoir dans un contexte difficile. Il hérite d’un pays ostracisé par ses voisins arabes pour avoir signé les accords de Camp David avec Israël en 1979. Son principal défi : renouer avec ses pairs arabes sans mettre en péril l’accord de paix avec Israël, qu’il considère, à l’instar de Sadate, comme crucial pour la sécurité de l’Égypte.

Faveurs américaines

Lors de la première guerre du Golfe, il se range aux côtés des Occidentaux et gagne les faveurs des États-Unis, qui lui accordent une réduction de dette de 30 milliards de dollars. Mais au cours des dix dernières années, sa prudence excessive contribue au déclin de l’influence de l’Égypte, tandis que de nouvelles puissances régionales – l’Iran et le Qatar – musclaient leur diplomatie.

Mais c’est sur la scène nationale que son échec est le plus patent. Craignant de perdre le contrôle et face à la résistance des intérêts corporatistes – une armée aux privilèges étendus et une élite d’affaires étroitement liée au Parti national démocratique (PND, au pouvoir) –, il engage des réformes économiques trop timides, avant que son fils cadet, Gamal, un banquier de 47 ans, ne les prenne en main. L’ascension de celui-ci au sein du PND est cependant perçue comme un abus de pouvoir. Nombre d’Égyptiens pensent même que c’est la femme du président, Suzanne, connue pour son engagement en faveur de la défense des droits des femmes et des enfants, qui est à l’origine des ambitions présidentielles de Gamal.

En 2005, sous la pression des États-Unis, Moubarak consent à organiser une présidentielle pluraliste. Mais il s’arrange pour écarter son concurrent, le laïc Ayman Nour, condamné à quatre ans de prison pour une affaire de fraude montée de toutes pièces. La même année, il organise des législatives relativement libres au cours desquelles les Frères musulmans remportent 20 % des sièges. Depuis, il leur livre une guerre sans merci. Aux dernières législatives, en novembre et décembre 2010, des fraudes massives empêchent l’élection du moindre député issu de la confrérie.

Cette guerre, Moubarak la mène au nom de la laïcité, dont il se dit un défenseur acharné. Mais il est aussi animé par la certitude, ou l’illusion, d’être à la fois un dirigeant juste et le gardien de la stabilité de l’Égypte. Comme le rapportent les télégrammes éventés par WikiLeaks, le raïs évoque souvent le destin du chah d’Iran, considérant que les États-Unis l’ont poussé à accepter des réformes qui ont précipité la révolution islamique de 1979 : « Dès qu’il y a des pressions américaines pour obtenir des réformes, il met en garde contre le chaos et l’instabilité qui en découleraient. » Jusqu’à la veille de sa chute.

© Financial Times et Jeune Afrique

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