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"Cet article est issu du dossier" «Agroalimentaire : l'Afrique aiguise les appétits»

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Aliou Tomota : « L’Huilerie cotonnière du Mali peut être rentabilisée »

À 53 ans, Aliou Tomota est à la tête d'un groupe présent dans le BTP et l'imprimerie. © D.B. Emmanuel pour J.A.

Cinq ans après le rachat de Huicoma, ses usines sont à l’arrêt. Pour les alimenter, l’homme d’affaires investit dans la production d’oléagineux.

En 2005, Aliou Tomota rachetait pour 9 milliards de F CFA (13,7 millions d’euros) l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma). Son ambition : faire de son groupe un acteur agro-industriel de premier plan dans la sous-région.

Cinq années se sont écoulées et l’homme d’affaires malien n’est jamais parvenu à relever l’ancienne entreprise publique. Pis, ses trois usines sont désormais à l’arrêt total, faute de matière première. Pour relancer la machine, Aliou Tomota, 53 ans, déjà présent dans l’imprimerie, la distribution et le BTP, mise désormais sur la production d’oléagineux.

 

Jeune Afrique : Pourquoi n’avez-vous pas réussi à faire véritablement tourner Huicoma depuis son rachat ?

Aliou Tomota : D’abord, la dette de l’entreprise quand nous l’avons rachetée était de près de 20 milliards de F CFA, largement plus que les 6 milliards annoncés lors de la signature du contrat. De plus, la baisse des cours mondiaux du coton au cours des cinq dernières années a fait chuter la production. De fait, la Compagnie malienne de développement des textiles, qui a le monopole de la commercialisation du coton, ne nous a livré que 91 000 tonnes de graines pour la campagne 2005-2006, alors que notre capacité totale de trituration est de 350 000 t. Conséquence : en cinq ans, nos trois usines n’ont tourné que six mois à temps plein.

Pourquoi ne pas vous être désengagé de l’entreprise ?

Parce que nous croyons en l’agriculture et que nous pensons que cet investissement peut être rentabilisé. Nous disposons pour cela d’un atout certain : les marques et les produits Huicoma jouissent d’une bonne image au Mali, notamment dans l’huile alimentaire.

Votre investissement avait été qualifié de très ambitieux en 2005, et on vous reprochait de ne pas connaître le métier d’huilier…

Depuis plus de trente ans, j’ai toujours réussi ce que j’ai entrepris. Si Huicoma s’est retrouvé dans la situation de faillite qui a conduit à sa cession, c’est parce que l’entreprise, bien que dirigée par des professionnels, était mal gérée. Une bonne gestion, telle est la clé du succès que nous comptons apporter pour rendre l’entreprise bénéficiaire.

Comment comptez-vous relancer Huicoma ?

Pour alimenter les usines, nous investissons dans la production d’oléagineux. Nous produisons déjà du tournesol, de l’arachide et du coton, en expérimentation sur 2 000 ha dans la zone de l’Office du Niger. Nous envisageons, si les tests sont concluants, de nous étendre progressivement sur 140 000 ha.

Combien cela vous a-t-il coûté ?

Quelque 15 milliards de F CFA pour l’achat des systèmes d’irrigation, des machines, des tracteurs et des intrants. Nous nous sommes appuyés sur l’expertise technique d’ingénieurs indiens, qui forment par ailleurs nos propres employés. Nos investissements se font notamment sur fonds propres, mais nous négocions actuellement l’appui d’investisseurs institutionnels.

Quel impact l’échec du rachat de Huicoma a-t-il eu sur vos autres activités ?

La digestion de cet investissement a été difficile. Mais nous nous appuyons sur les autres filiales du groupe, qui se portent bien, pour couvrir une partie des 20 milliards de F CFA de pertes générées par Huicoma depuis son rachat.

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Propos recueillis par Stéphane Ballong et Mahamadou Camara, à Bamako.

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