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Maite Nkoana-Mashabane : « Si les résultats de la présidentielle ivoirienne étaient évidents, l’UA n’aurait pas été saisie »

Maite Nkoana-Mashabane, chef de la diplomatie sud-africaine. © Vincent Fournier/J.A.

À l’occasion de la toute première visite officielle de Jacob Zuma à Paris, les 2 et 3 mars, Nicolas Sarkozy, heureux de démontrer qu’il entretient des liens hors du traditionnel pré carré francophone, a reçu son homologue sud-africain avec les honneurs. Paris et Pretoria sont pourtant loin d’être d’accord sur tout. Et ce sont sur les dossiers diplomatiques, davantage que sur les questions économiques, que les divergences apparaissent. Revue de détail avec Maite Nkoana-Mashabane la ministre sud-africaine des Affaires étrangères.

Jeune Afrique : Pourquoi cette visite en France ?

Maite Nkoana-Mashabane : Parce que le président français a invité le président Zuma, tout simplement. Et parce que la France est un partenaire stratégique. Nous entretenons d’excellentes relations commerciales, il y a plus de cent vingt entreprises françaises en Afrique du Sud, et nous parlons d’une même voix sur la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde sur le dossier ivoirien…

Pour autant que je sache, la Côte d’Ivoire se trouve en Afrique de l’Ouest. Sur le continent, nous gérons nos problèmes à travers nos blocs régionaux. La crise ivoirienne est suivie par la Cedeao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, NDLR]. L’Afrique du Sud, elle, appartient à la SADC [Communauté de développement de l’Afrique australe, NDLR].

Le président Zuma est pourtant membre du panel de chefs d’État mandaté par l’Union africaine (UA) pour trouver une solution à la crise.

Au sein de l’UA, c’est le Conseil Paix et Sécurité qui s’occupe du dossier ivoirien. L’Afrique du Sud en est membre. Il fallait choisir cinq chefs d’État pour représenter chacune des cinq régions du continent, et c’est comme cela que Jacob Zuma s’est retrouvé dans le panel.

Vous avez affirmé que les résultats de l’élection présidentielle qui donnent la victoire à Alassane Ouattara et qui ont été reconnus par la majeure partie de la communauté internationale n’étaient "pas concluants". Comprenez-vous que cela puisse être perçu comme favorable à Laurent Gbagbo ?

Si les résultats étaient aussi évidents, la Cedeao n’aurait pas fait appel à l’UA. Il y a eu une élection en Ouganda, à la mi-février. Il me semble que le scrutin s’est bien passé, que les résultats ont été annoncés et qu’on n’a rien demandé à l’UA, ni qu’il n’a jamais été question d’y envoyer un panel de présidents. Le simple fait que l’UA soit sollicitée montre qu’il y a un problème.

Lors du dernier sommet de l’UA, des dissensions sont apparues entre l’Afrique du Sud et le Nigeria, précisément sur le dossier ivoirien…

Je ne sais rien de tout cela. Ce que je sais, c’est que j’ai été envoyée au Nigeria par le président Zuma dès le 4 janvier. Qu’auparavant, il y avait eu plusieurs conversations téléphoniques entre les présidents Zuma et Good­luck Jonathan. Que pendant le sommet de l’UA, ils se sont parlé plusieurs fois. Et que quand je suis moi-même allée en Côte d’Ivoire pour préparer la visite du panel, j’ai facilité une conversation téléphonique entre eux. Voilà ce que je sais.

L’UA manque-t-elle de fermeté à l’égard du colonel Kadhafi, au regard de la gravité de ce qui se passe en Libye ?

Nous avons dit qu’un tel usage de la force était disproportionné. Jamais, en Afrique, on avait eu, comme ça, mille manifestants tués en moins de dix jours.

Ne fallait-il pas aller plus loin et, comme la Ligue arabe, suspendre la Libye ?

L’UA à l’habitude de travailler étape par étape. Avant de suspendre un pays, on envoie une mission sur place. Il ne faut pas oublier que l’UA fait de bonnes choses. C’est l’une des rares institutions où l’on n’autorise pas l’auteur d’un coup d’État à siéger. Où l’on n’accepte pas non plus des dirigeants de transition, qui pourraient se sentir un peu trop à leur aise et être tentés de rester.

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