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Maroc : Mohammed VI et le sens de l’Histoire

Entouré de son fils et de son frère, le souverain s'est adressé à la nation le 9 mars. © Service Photo PR

La classe politique marocaine, toutes tendances confondues, a salué les réformes annoncées par Mohammed VI dans son discours du 9 mars. Comme la plupart des partenaires internationaux du royaume.

En politique, comme en amour, l’anticipation est un gage de longévité. Cueillant son peuple par surprise en annonçant une réforme de la Constitution, le roi Mohammed VI vient de consolider son trône avec lucidité. Il étaie aussi les remparts de son royaume pour endiguer la vague révolutionnaire qui déferle sur l’« ancien » monde arabe.

« Historique », « courageux », « visionnaire » sont les moins laudatifs des qualificatifs que le discours royal du 9 mars a suscités. La classe politique, toutes tendances confondues, la presse officielle et indépendante, mais aussi l’homme de la rue, barbu ou moustachu, jeune ou chibani, ont salué le sens de l’Histoire manifesté par le souverain chérifien. Après avoir regardé passer les TGV tunisien et égyptien, Nicolas Sarkozy, dont certains doutaient de la lucidité sur les enjeux stratégiques du Maghreb, s’est empressé de saluer « la clairvoyance » et la « sagesse » de « Sa Majesté ». Washington a embrayé sans tarder pour féliciter le souverain, tandis que Madrid soulignait « la capacité de leadership » du fils de Hassan II. Sur le fond, et sous réserve de tenir ses promesses, la royale adresse ne peut que réjouir les démocrates sincères.

La nouvelle Constitution, qui sera soumise à référendum, consacrera la dimension amazighe du peuple marocain, « élargira » les libertés publiques, érigera la justice marocaine – aujourd’hui souffrante – « au rang de pouvoir indépendant » et « scellera » le principe de séparation des pouvoirs. Le Premier ministre – le dirigeant du parti arrivé en tête aux élections législatives – deviendra ainsi le vrai « chef de l’exécutif », la vie publique sera « moralisée », et le principe de « régionalisation avancée » – qui devrait peut-être permettre de résoudre enfin l’équation du Sahara occidental – sera gravé dans le marbre. Autant d’engagements généreux, lucides et nécessaires de nature à réjouir plusieurs générations d’étudiants en droit public et de sujets-citoyens.

Ces promesses mettent également un terme à l’étrange concept de « monarchie exécutive », qui justifiait jusque-là la concentration et la réalité des pouvoirs politiques et économiques derrière les lourdes portes du Palais. Sous réserve, encore une fois, de sa déclinaison, ce programme devrait satisfaire les démocrates, qui ont longtemps appelé de leurs vœux « un roi qui règne et un gouvernement qui gouverne ».

En prenant de la hauteur plus que de la distance, le « néo-Makhzen » pourrait ainsi s’inscrire de façon pacifique et presque naturelle dans le cours de l’Histoire et dans le processus de renaissance politique du monde arabe. Les slogans des manifestations du 20 février – égalité, démocratie, dignité, liberté – ont été entendus, et le syndrome de l’autisme benaliste a épargné Rabat. Condamné à avancer tant l’attente de son peuple est grande, le monarque alaouite lui envoie donc ce message clair sur l’air d’un tacite « je vous ai compris ».

Mais c’est aussi sur la forme que Mohammed VI a réussi son opération de chirurgie démocratique. Entouré de son frère, Moulay Rachid, et de son fils, Hassan, sur fond de drapeau national, le souverain s’est adressé à la nation avec solennité, alors que le tout-Rabat bruissait de rumeurs sur une royale initiative. Démission du gouvernement périmé d’Abbas El Fassi ? Limogeages de walis en série ? Nouvelles promesses de « développement humain » ? L’oligarchie économique du royaume (dont les tycoons français du CAC 40 sont les parrains) et les dinosaures de la classe politique ont frémi avant d’entendre le roi, lequel a aussi pris de vitesse la ­quasi-totalité des quotidiens marocains, victimes de leurs délais de bouclage soviétiques.

Hassan II avait cloué le cercueil de Franco avec la Marche verte. Mohammed VI a mis en terre celui de la gouvernance arabe du XXe siècle. Un fils, parfois, est fidèle au talent du père.

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