Fermer

France : d’un extrême à l’autre

Vénussia Myrtil, 21 ans, étudiante en psychologie et protégée de Marine Le Pen. © LeFigaro.fr/YouTube

Ancienne militante du Nouveau Parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot, Vénussia Myrtil a rejoint le Front national, dont elle portera les couleurs lors des prochaines élections cantonales (20-27 mars).

Le regard est méfiant, mais la poignée de main ferme. À l’évidence, Vénussia Myrtil n’est pas très à l’aise avec les journalistes. Mais comment les éviter avec un parcours aussi atypique ? Ex-sympathisante des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) puis membre du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Vénussia Myrtil, 21 ans, est la petite jeune qui monte au Front national (FN), dont elle portera les couleurs lors des élections cantonales des 20 et 27 mars à Aubergenville (Yvelines), dans la grande banlieue parisienne.

Son grand écart suscite quelque émoi chez ses anciens comme chez ses nouveaux amis. Et même quelques invectives : « faire-valoir », « parachutée »… L’étudiante en psychologie n’en a cure, elle veut prouver à son mentor, Marine Le Pen, la présidente du FN, qu’elle est à la hauteur de la tâche. « On dit des choses très dures sur moi, mais je m’en fiche. Je suis là parce que les valeurs du Front sont les miennes. Le reste… », dit-elle dans un haussement d’épaules. Avec son teint café au lait, son piercing à l’arcade sourcilière et ses boucles indociles, Vénussia détonne dans le paysage de l’extrême droite française. Née d’une mère ariégeoise et d’un père guadeloupéen, elle récuse l’idée selon laquelle elle serait la « caution couleur » du parti d’extrême droite.

« J’ai vu Marine Le Pen à la télé, en 2009, ses arguments m’ont plu, elle aime la France et veut rendre aux Français ce qui leur revient de droit », argumente la candidate. Des valeurs qui, paradoxalement, étaient déjà plus ou moins les siennes quand elle militait au NPA. Les beaux discours sur la régularisation de tous les étrangers, dit-elle, la « gonflaient », mais c’est une manifestation propalestinienne qui lui a fait prendre la porte. « Pendant la marche, j’ai entendu des prières musulmanes. Là, j’ai dit stop, ce n’est plus possible, la religion relève de la sphère privée », s’offusque-t-elle en tirant sur la croix qui orne son cou. « Un cadeau de ma mère », précise-t-elle pour prévenir toute attaque.

Une longueur d’avance

La foi relève peut-être de la sphère privée, mais elle est aujourd’hui au cœur du débat politique. La néofrontiste y voit la preuve que le FN a toujours une longueur d’avance sur les autres partis, de gauche comme de droite : « Nicolas Sarkozy veut lancer un débat sur l’islam en France. Avant, c’était l’identité nationale. Tout cela ne montre qu’une chose : c’est nous qui avons raison, et depuis longtemps. »

La jeune femme verrait bien « Marine » ceindre l’écharpe tricolore en 2012. Les résultats d’un sondage – controversé – Harris Interactive, qui donnent la présidente du FN en tête du premier tour de la présidentielle avec 24 % des intentions de vote, devant le socialiste Dominique Strauss-Kahn (23 %) et Nicolas Sarkozy (21 %), la confortent dans l’idée que les Français ont besoin de changement. « UMP ou PS, c’est la même chose. À l’Assemblée, ils votent ensemble des lois qui rendent les Français de plus en plus pauvres. »

« Marine Le Pen a changé l’image du FN, se réjouit Vénussia. Elle a rendu ce parti crédible, respectable. On est passé du “bouh ! elle est raciste” à “d’accord, on va t’écouter”. » Ouverte, la présidente du FN ? Pas assez pour soutenir le mariage homosexuel, contrairement à Vénussia Myrtil. Déjà, une divergence ? Réponse : « Pas assez importante pour que je quitte ce parti. » Les homosexuels apprécieront.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici