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Côte d’Ivoire : une économie au bord du gouffre

Le secteur bancaire tourne au ralenti en Côte d'Ivoire. (archive) © AFP

Jour après jour, le pays s’enlise un peu plus dans la crise postélectorale, et à quel prix ! Le système financier est bloqué, les exportations de cacao sont au point mort et le chômage technique se généralise.

Plus de trois mois que la Côte d’Ivoire a sombré dans une crise postélectorale, que l’économie du pays, locomotive des huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tourne au ralenti, et que rien ne laisse entrevoir une sortie de crise… Au contraire, le pays glisse dangereusement vers la guerre civile ! « Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus d’activité économique, affirme un patron ivoirien. Toutes les entreprises ou presque ont mis leur personnel au chômage technique ou ont simplement fermé. »

Si tous les secteurs sont affectés, celui du bâtiment compte parmi les plus sinistrés, avec une dégringo­lade de son chiffre d’affaires de 70 % depuis le début de la crise. Par exemple, ETDE, filiale du français ­Bouygues Construction, évalue ses pertes à près de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros).

Mais ce sont les PME et les PMI qui sont les plus pénalisées. « Ces entreprises, qui ont souvent une trésorerie tendue, se sont retrouvées du jour au lendemain sans liquidités », explique un responsable de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), une organisation patronale. Conséquence : nombre d’entre elles ne paient plus les salaires depuis fin novembre.

Mieux nantis que les PME, les groupes internationaux tentent quant à eux de se replier sur leurs filiales basées dans les autres pays de la sous-région, afin de combler le manque à gagner. Dans un document qu’il vient de publier, le patronat ivoirien estime à 200 millions de F CFA le manque à gagner quotidien enregistré par chacun des cinq opérateurs de téléphonie mobile présents en Côte d’Ivoire, du fait de la coupure des SMS, depuis le 24 février.

C’est dans ce contexte d’effondrement de l’économie nationale que Laurent Gbagbo a annoncé, le 8 mars, la nationalisation de la filière cacao par l’État. Concrètement, le président sortant entend relancer les exportations de fèves, suspendues depuis fin janvier.

Reste qu’un certain nombre de questions se posent, dont celle du préfinancement des achats auprès des paysans, jusque-là assuré par des banques comme Citibank, Standard Chartered… Depuis la mi-février, les principaux établissements du pays sont fermés.

Des ports sous embargo

Le 28 février à Dakar, les patrons des banques privées qui ont baissé le rideau se sont réunis avec Jean-­Baptiste Compaoré, le gouverneur par intérim de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), et ont décidé de maintenir la suspension de leurs activités. Ils se sont mis d’accord pour mettre en place un cadre de concertation avec la BCEAO, afin de préparer la reprise coordonnée et ordonnée de leurs activités en temps opportun.

Certes, des établissements comme Bicici (filiale de BNP Paribas) et SGBCI (Société générale) ont été réquisitionnés par le gouvernement sortant et ont été rouverts, mais ils tournent au ralenti. Les seules banques véritablement opérationnelles sont publiques et disposent de très peu de moyens.

Outre la question financière, Gbagbo devra ensuite résoudre l’équation des entreprises exportatrices. Les ténors que sont Cargill, ADM, Armajaro, etc., ont arrêté leurs activités à la suite de la décision prise par Alassane Ouattara, fin janvier, de suspendre toute exportation de cacao. À cela s’ajoute l’interdiction faite aux navires européens, qui assurent le transport de 70 % de la production de café et de cacao ivoiriens, d’accoster aux ports d’Abidjan et de San Pedro. D’après la CGECI, près d’un tiers de la production ivoirienne de cacao (entre 1,2 million et 1,4 million de tonnes par an) est encore dans les champs ou stockée dans les entrepôts.

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