Fou rire au féminin

L'humoriste d'origine béninoise Naho. © Bruno Lévy pour J.A.

À l’affiche avec Follement folle, Naho dessine une galerie de portraits pittoresques de femmes. De la concierge raciste à la tantie qui débarque à Paris. Décapant.

Une fleur collée à son crâne rasé, de faux cils qui rehaussent son regard pétillant et un bustier rose qui chahute sa généreuse poitrine… Naho Da Piedade fait une entrée remarquée au Folie’s Café où elle nous a donné rendez-vous. La fringante humoriste présente non loin de là, au théâtre parisien Les Feux de la Rampe, Follement folle (jusqu’au 20 mai). Un spectacle énergique dans lequel elle dessine une galerie de portraits pittoresques de femmes. De la concierge raciste à la « travailleuse du sexe », de la tantie qui débarque à Château d’eau (le quartier africain de Paris) à la quinquagénaire que la vie a plongée dans la folie… Naho joue avec le public et avec ses rondeurs.

« Trop noire, trop grosse, des cheveux trop courts… Quand j’ai voulu me lancer dans ce métier, on m’a conseillé de faire plutôt de la radio », raconte Naho dans un sourire qui dissimule mal une sensibilité à fleur de peau. Architecte de formation, cette battante née il y a quarante et un ans d’un père brésilien et d’une mère béninoise est montée sur les planches un peu par hasard. Elle dit devoir beaucoup à Imane Ayissi : « C’était la grande époque des top-modèles. Dans les magazines, dans la rue, les filles devaient être maigres. J’ai écrit un texte sur la mode qu’Imane m’a invitée à venir jouer en ouverture de son défilé auquel j’ai participé en présentant sa robe de mariée. » Le styliste camerounais l’encourage à poursuivre dans cette voie.

Fantasque et solitaire

Naho se lance. Elle parcourt l’Hexagone de cafés-théâtres en scènes ouvertes. « Ce que je fais n’est pas à proprement parler du stand-up – je n’aime pas l’idée de me moquer du public – ni un one-woman-show au sens strict, car le décor, les intermèdes dansés sont importants. Je me vois plutôt comme une performeuse, à la manière dont l’entendent les Américains ; ce qui laisse une grande place à l’improvisation », précise Naho, qui se dépense sans compter et conclut son spectacle par un vibrant hommage à Nina Simone. « Je donne tout ce que j’ai pour que les spectateurs puissent repartir en se disant que tout est permis », affirme la jeune femme.

La belle est de mauvaise humeur et n’a pas envie de parler ? Qu’à cela ne tienne. Fantasque, elle enfile une perruque (brune, blonde, rose, voire façon Marie-Antoinette), et ses amis, ses voisins, qui connaissent le code, gardent leurs distances. Une excentricité qui lui vient de sa mère. « Elle est blonde avec des tatouages. Elle m’a toujours encouragée et invitée à faire ce qui me plaisait », avoue-t-elle.

De nature plutôt solitaire, Naho n’en oublie pourtant pas les autres. Elle a ouvert un centre de santé à Allada, au Bénin, « son pays ». « J’aime m’y rendre le plus souvent possible. J’ai déjà eu l’occasion de jouer des sketchs dans une émission télé. Mais je voudrais pouvoir y aller présenter Follement folle… », se plaît à rêver celle qui affirme que « tout est possible ».

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