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Jean Ping : « Certains éléments en Libye laissent craindre une seconde Somalie »

Jean Ping demande l'arrêt des hostilités en Libye. © Bruno Lévy pour J.A.

De passage à Paris le 24 mars, le président de la Commission de l’Union africaine (UA) explique son rejet d’une intervention militaire en Libye.

Jeune Afrique : Fallait-il intervenir militairement ?

Jean Ping : L’UA avait dit dès le 10 mars, soit sept jours avant que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte sa résolution, qu’il fallait éviter toute intervention extérieure. 

Ne devait-on pas protéger la population de Benghazi ?

Nous avons l’expérience de ce type d’intervention. Souvenez-vous de la Somalie. Le président Siad Barré a été renversé en 1991. Puis, il y a eu l’opération onusienne Restore Hope. Et après, quoi ? La communauté internationale est venue, et elle s’est sauvée. Cela fait vingt ans que l’Afrique est seule face au problème de la Somalie. Sans la piraterie, plus personne ne s’intéresserait à ce pays. Et il y a des éléments qui, en Libye, laissent craindre une seconde Somalie : l’organisation tribale du pouvoir, le risque de partition Est-Ouest, sans compter Al-Qaïda… Ce n’est pas moi, mais Hillary Clinton [la secrétaire d’État américaine, NDLR] qui l’a dit en premier.

Les cinq chefs d’État membres du Conseil de paix et de sécurité de l’UA ont tenté de se rendre en Libye, fin mars, mais n’y ont pas été autorisés. C’est une humiliation ?

Non. Nous avions depuis longtemps prévu d’aller le 20 mars à Tripoli et le 21 à Benghazi. Mais à partir du moment où le Conseil de sécurité s’était prononcé, il était normal que nous demandions l’autorisation de l’ONU. Si notre demande a été rejetée, c’est parce que cela aurait été trop dangereux. 

Quelle est votre solution ?

Notre feuille de route tient en quatre points. Nous demandions – et demandons toujours – la cessation immédiate des hostilités ; que l’acheminement de l’aide humanitaire soit facilité ; et que les étrangers qui vivent en Libye, y compris les travailleurs subsahariens, soient protégés. Nous disons enfin qu’il faut répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen à la liberté et à la démocratie. Kadhafi avait accepté notre calendrier dans son intégralité, sans même qu’on aille en Libye. Mais pour qu’il y ait un arrêt des combats, l’autre camp doit lui aussi cesser les hostilités.

Que faut-il faire maintenant ?

S’en tenir à notre feuille de route. Et clarifier la situation. Quels sont les objectifs que poursuit la coalition ? Si c’est la zone d’exclusion aérienne, alors il me semble que c’est fait. Si c’est éviter que Benghazi ne s’effondre et renforcer le Conseil national de transition, c’est fait aussi. Et après ? À moins que le but ne soit de chasser Kadhafi du pouvoir, mais on nous dit que non… 

L’UA est-elle à la hauteur des bouleversements en cours dans le monde arabe ?

Je crois que oui. Nous n’avons pas fait moins que d’autres. En revanche, il va falloir nous adapter. Nous avions déjà une ligne de conduite très claire en cas de coup d’État : on condamne et on sanctionne. Mais les révolutions n’étaient pas prévues. Il va falloir changer notre mentalité, nos règles internes.

Vous avez confié récemment que, lorsqu’il présidait l’UA, Kadhafi avait voulu vous broyer…

Dire qu’il a voulu me broyer est un euphémisme. Il me menaçait tous les jours. J’ai même un moment envisagé de démissionner, tellement c’était difficile à supporter.

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Propos recueillis par Anne Kappès-Grangé.

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