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"Cet article est issu du dossier" «Alger dans tous ses états»

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Alger : la chasse au trésor

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le front de mer à Alger. © Hocine Zaourar/AFP

Alger l’Africaine, porte d’entrée du continent. Alger la Méditerranéenne, jolie escale surannée sur la plus vieille mer du monde. Alger l’Algérienne, tête de pont d’un pays en chantier, véritable creuset culturel et social d’une vaste nation qui ensorcela Simone de Beauvoir, André Gide, Rudyard Kipling ou Winston Churchill.

La capitale ne ressemble à aucune autre : c’est une citadelle imprenable qui rechigne à livrer ses mille et un trésors historiques et architecturaux, un joyau dans sa gangue. Ses quartiers tentaculaires s’étirent en bord de mer, escaladent ses coteaux, gagnent la plaine, grignotant chaque mètre carré de terrain disponible. Une ville jetée en vrac autour de sa baie, anarchique, vivante, débordante d’énergie, compliquée et, surtout, attachante. 

J’ai découvert Alger en 1999, à une époque où la parcourir représentait un véritable danger. C’étaient les derniers feux de la terreur, et les rues se vidaient de leurs habitants sitôt les ultimes rayons du soleil engloutis par la mer. Première impression, qui se révélera erronée : une ville de fous, inaccessible aux non-­Algériens, belle mais en proie à la décrépitude. La cité des enfants perdus, de la méfiance permanente et de tous les paradoxes. De Hydra la bourgeoise à Bab el-Oued, fief du petit peuple, les mondes se côtoyaient sans jamais se croiser. Aujourd’hui, de ce point de vue-là, rien n’a changé, ou si peu.

La ville, elle, a en revanche retrouvé sa sérénité, se modernise et ressemble à un chantier perpétuel. Les infra­structures s’améliorent, mais les points d’interrogation et les urgences demeurent : logement, transport, urbanisme, loisirs, centres culturels, mixité sociale, mise en valeur des atouts touristiques, etc. Alger recèle un tel potentiel, méconnu mais réel, que ceux qui l’aiment peinent à masquer leur impatience de la voir prendre son envol, abandonner la nostalgie de ses années fastes pour se dessiner un avenir largement à sa portée : celui d’une capitale maghrébine incontournable, moderne, mais qui ne renie rien de son passé si riche, au carrefour de l’Afrique et de l’Europe, accueillante mais fière de son identité.

Ce défi n’est pas seulement celui de l’État, de ses ministres ou de ses walis [préfets], qui doivent cependant montrer l’exemple et la voie. C’est l’affaire de tous les Algérois, jeunes, vieux, patrons, employés, riches, pauvres, hommes et femmes. Alger doit s’ouvrir, en premier lieu à ses fils et à ses filles, qui débordent de projets, d’envies et d’idées, mais ne trouvent pas de cadre pour les exprimer ni d’oreilles attentives pour les écouter.

Ne pas exploiter cet autre trésor de la capitale, cette énergie inépuisable, presque irrationnelle, qui pousse les Algériens à ne jamais mettre un genou à terre, malgré les affres d’une histoire marquée depuis des siècles par les tragédies, la violence et le sang, serait le plus grand des gâchis. Dans le cas contraire, les autres capitales de la rive sud de la Méditerranée n’auraient qu’à bien se tenir… 

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