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Alain Champeaux : « Total veut être présent dans un maximum de pays »

Alain Champeaux, directeur Afrique et Moyen-Orient chez Total. © Paul Véronique/Total

Alors que les autres majors ont déserté le continent, le patron de l’activité aval du groupe pétrolier Total compte ouvrir une cinquantaine de stations-service chaque année dans la zone Afrique et Moyen-Orient.

Ingénieur des Mines, Alain Champeaux, 61 ans, a commencé sa carrière au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Entré à Total en tant que directeur du réseau allemand en 1980, il se consacre à la zone Afrique et Moyen-Orient depuis 2002. Sous sa houlette, l’activité aval du groupe français, loin de se désengager du continent comme ses concurrents ExxonMobil, Chevron et, dernièrement, Shell, compte au contraire y renforcer ses positions. Précisions.

Jeune Afrique: Total est la dernière major à posséder un réseau de distribution sur toute l’Afrique. Pourquoi ?

Alain Champeaux : Le continent ne représentait qu’une petite part de l’activité de nos concurrents. Shell, par exemple, est beaucoup plus présent en Asie, et ce depuis un siècle. Ce n’est pas le cas de Total, qui a en Afrique une présence historique vieille de plus de cinquante ans. Nos autres avantages sont la qualité de nos ressources humaines et notre mode de fonctionnement pays par pays. L’Europe et l’Afrique sont nos principaux marchés, et alors que nous sommes en pleine restructuration dans le premier continent, le second est en forte croissance : pourquoi ne pas en profiter ?

Les investissements pour la mise aux normes des stations-service ou des dépôts de carburant ont-ils découragé les autres groupes ?

C’est une question de choix : si on veut imposer des normes à toutes nos stations, on le fait. Ce n’est pas un obstacle pour rester.

Combien investirez-vous ?

Nous mobilisons environ 300 millions d’euros par an [Afrique et Moyen-Orient, soit 10 % du budget aval du groupe, NDLR] pour ouvrir en moyenne une cinquantaine de stations et en réaménager environ 250. Cet effort est nécessaire, d’abord pour accompagner la croissance de la demande pétrolière sur le continent, qui se situe entre 2 % et 3 % par an, ensuite parce que nos nouveaux concurrents africains sont sérieux et très actifs.

Quel sera l’impact sur vos résultats des crises en Tunisie, en Égypte, en Libye et en Côte d’Ivoire ?

Ce qui nous importe en premier lieu, c’est la sécurité de notre personnel. Ensuite, nous faisons notre possible pour maintenir une activité essentielle pour les populations. Cependant, en Égypte et en Tunisie, nous avons été obligés d’arrêter temporairement la distribution de carburant, faute de pouvoir nous approvisionner, et nous l’avons reprise dès que possible. Ces deux pays représentent quand même 10 % de nos volumes. En Libye, nous ne sommes pas présents dans l’aval. Quant à la Côte d’Ivoire, qui représente 2 % à 3 % de notre résultat, la précédente crise y avait déjà fait chuter la consommation d’un tiers. Mais globalement, les résultats d’autres régions, comme l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Sud, ont compensé ces pertes. C’est pourquoi nous tenons à être présents dans un maximum de pays.

En tant que dernière major dans l’aval en Afrique, ne risquez-vous pas d’être trop exposé ?

Nous ne sommes pas en situation de monopole, et les nouveaux entrants, comme le sud-africain Engen et le suisse Vitol [acheteurs de Shell], font une entrée remarquée. Au Nigeria, où la concurrence est très dynamique, notre part de marché n’excède pas 15 %, ce qui est déjà bien dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Nous devrons cependant être vigilants dans les pays où notre part de marché dépasse 30 %.

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Propos recueillis par Michael Pauron

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