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Nabil Rajab : « Le roi a déçu les Bahreïnis »

Écrit par Jan Fallström

"Les États-Unis pourraient jouer un rôle majeur dans l'apaisement". © AFP

Nabil Rajab, opposant, président du Centre pour les droits de l'homme de Bahreïn et secrétaire général adjoint de la FIDH, revient sur la contestation populaire à Bahreïn. Il en ressort que les chiites ne veulent plus être traités comme des citoyens de seconde zone. Selon lui, par ailleurs, l'Iran ne représente pas une menace pour le royaume.  

Connu notamment pour la contestation qu’il anime sur Twitter (@NABEELRAJAB), Nabil Rajab est l’un des principaux opposants au régime bahreïni. Il a été récemment arrêté et molesté par les forces de police, mais sa stature internationale – il est secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) – l’a protégé, jusqu’à présent. Une chance que n’ont pas eue Karim Fakhrawi, Ali Issa Ibrahim Saqer, Hassan Jassim Mohammed Maki, Zakaria Rashid Hassan al-Asherri, morts en détention.

 

Jeune Afrique : Le régime ne s’est-il pas profondément réformé depuis l’accession au pouvoir de Hamad Ibn Issa Al Khalifa, en 1999 ?

Nabil Rajab : J’ai soutenu son programme de réformes, celui de la charte nationale de 2001. Mais après une « lune de miel » d’environ deux ans, il est apparu clairement qu’il n’était pas sincère dans sa volonté de réformer le pays. Il a commencé par nous imposer une Constitution, laquelle concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Aujourd’hui, près de 60 % des membres du gouvernement sont issus de la famille royale, tandis que la quasi-totalité des institutions financières est dirigée par les Khalifa… La corruption s’est étendue, tandis que la liberté de la presse a reculé. Quand le roi est entré en fonction, nous étions au 67e rang mondial, selon Reporters sans frontières. Nous sommes aujourd’hui 144e. Est-ce cela, la réforme ? On a fait confiance au roi, mais il nous a déçus.

Quelle est aujourd’hui l’étendue de la discrimination vis-à-vis des chiites ?

Bien qu’ils représentent plus de 70 % de la population, les chiites ont moins de 50 % des sièges du Parlement – qui, soit dit en passant, n’a pas de pouvoir, contrairement à la « Chambre haute » (la Choura), composée de membres nommés personnellement par le roi. Aujourd’hui, il n’y a quasiment pas de chiites dans l’armée ou la police, très peu au sein de la haute fonction publique. En 2005, les chiites ont réalisé que leur situation ne s’améliorait pas, en dépit des promesses. Les manifestations ont commencé en 2006, suivies de répression, puis de nouvelles manifestations… Les chiites sont traités comme des citoyens de seconde zone.

Pourquoi les travailleurs immigrés sont-ils victimes de violences de la part de certains manifestants ?

L’économie repose pour une large part sur la population d’immigrés venus d’Asie. Mais ceux-ci composent également l’essentiel de la police et des forces armées. Cette situation explique pour une large part la haine qu’ils suscitent au sein d’une partie de la population.

Bahreïn n’est-il pas également victime du face-à-face entre l’Arabie saoudite et l’Iran ?

Contrairement à l’Arabie saoudite, l’Iran n’a jamais envahi Bahreïn ! En 1971, lorsqu’on nous a demandé si nous souhaitions être indépendants ou bien rattachés à l’Iran [après le départ des Britanniques, NDLR], notre réponse a été claire : nous souhaitions l’indépendance. Ce n’est pas pour être aujourd’hui envahis par l’un ou l’autre de ces pays ! L’Iran aujourd’hui n’est pas une menace pour nous.

Quelle sortie de crise vous semble plausible ?

L’Europe nous a beaucoup déçus. Il y a bien « deux poids, deux mesures » : l’on n’est pas traité de la même manière selon que l’on est libyen ou bahreïni. Il faut qu’une médiation extérieure intervienne rapidement. Les Koweïtiens se sont proposés, ainsi que les Turcs… Malheureusement, le royaume souhaite rester sous l’emprise de Riyad. S’ils le décidaient, les États-Unis pourraient jouer un rôle majeur dans l’apaisement. Il faut stopper cette vague de répression, qui s’apparente à une vengeance du régime contre les chiites. Le prince héritier [Salman Ibn Hamad Ibn Issa Al Khalifa, fils aîné du roi] peut jouer un rôle positif à cet égard.

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Propos recueillis par Jan Fallström, envoyé spécial au Bahreïn

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