Fifa : ces scandales qui collent aux crampons

Issa Hayatou, avec "Sepp" Blatter et Michel Platini, en 2010. © Fifa

À quelques semaines de l’élection d’un nouveau président à la tête de la Fifa, une énième affaire de corruption ébranle l’instance mondiale du football. Parmi les principaux accusés, Issa Hayatou et Jacques Anouma.

Sur la planète foot, une affaire en chasse une autre. Alors que celle des « quotas ethniques » dans les centres de formation français, qui a ému les fans du ballon rond, s’oriente doucement vers un dénouement consensuel, voilà qu’un nouveau scandale éclate, au niveau mondial cette fois, ébranlant la puissante Fédération internationale de football association (Fifa).

Cette nouvelle affaire fait peser de lourds soupçons de corruption sur plusieurs membres du comité exécutif de la Fifa, parmi lesquels deux Africains : le Camerounais Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 1988, et l’Ivoirien Jacques Anouma, le patron de la Fédération ivoirienne. Tous deux sont soupçonnés d’avoir reçu 1,5 million de dollars (environ 1 million d’euros) en échange de leur soutien à la candidature du Qatar pour l’organisation de la Coupe du monde 2022. Si le Camerounais et son entourage ont souvent fait l’objet de ce type d’accusation, c’est la première fois que l’Ivoirien est visé.

Titre de noblesse

Londres, le 10 mai. Auditionné dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire, un député conservateur, Damian Collins, affirme que le Sunday Times s’apprête à publier d’importantes révélations. L’hebdomadaire serait en mesure de prouver que Hayatou et Anouma ont monnayé leur vote en faveur du richissime émirat pétrolier.

À l’évidence, les Britanniques n’ont toujours pas digéré l’échec de leur candidature à l’organisation du Mondial 2018. Ce nouveau scandale dont ils sont à l’origine et qui éclate près de six mois après l’attribution des Coupes du monde 2018 (à la Russie) et 2022 (au Qatar) discrédite encore plus la Fifa. Car le même jour, devant cette même commission d’enquête chargée d’analyser les raisons du flop de Londres, David Triesman, l’ancien président du comité chargé de promouvoir la candidature de la ville, a également mis en cause quatre autres membres du comité exécutif de la Fifa qui auraient tenté d’obtenir des avantages en échange de leur voix.

Il y a, d’abord, le Trinidadien Jack Warner, le très influent président de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), qui aurait demandé aux Britanniques 2,8 millions d’euros pour construire une école. En 2004 déjà, pour soutenir la candidature sud-africaine au Mondial 2010, il avait réclamé – et obtenu – une visite de Nelson Mandela dans son pays.

Ensuite, le Paraguayen Nicolás Leoz, qui, lui, rêvait d’un titre de noblesse. Puis le Brésilien Ricardo Teixeira, qui, d’après Triesman, aurait répondu à ses sollicitations par un : « Que peux-tu faire pour moi ? » Enfin, le Thaïlandais Worawi Makudi, qui, lui, négociait des droits télé pour la retransmission d’un éventuel match amical entre l’Angleterre et « sa » sélection.

En tout, ce sont six membres – soit le quart du comité exécutif de la Fifa – qui sont dans le viseur. Aujourd’hui, les Britanniques somment la fédération internationale de prendre les mesures qui s’imposent. Faute de quoi, menacent-ils, ils pourraient quitter l’organisation.

Réagissant à ces accusations, Joseph « Sepp » Blatter, le président de la Fifa, n’a pas – c’est un euphémisme – joué collectif. Lui qui vient tout juste de lancer un plan décennal de lutte contre la corruption (pour un montant de 20 millions d’euros) n’entend pas qu’on lui gâche son programme. « Si c’est vrai, je me battrai contre cela, a-t-il déclaré benoîtement. Je me bats pour la Fifa. Je ne peux pas répondre de tous les membres de notre organisation. Je ne peux pas dire si ce sont des anges ou des démons. »

Bien entendu, les présumés corrompus nient en bloc. Dans des communiqués séparés, Hayatou et Anouma se réservent le droit de saisir la justice. Quand ce dernier dénonce des « allégations aussi grossières que mensongères » (lire son interview p. 12), la CAF, au nom de son président, évoque sur son site « de pures inventions destinées une fois encore à jeter le discrédit sur [la] personne [de Hayatou] ».

Transactions individuelles ?

Cette même confédération reconnaît toutefois que, dans le cadre de la campagne des pays candidats à l’organisation des Coupes 2018 et 2022, le comité Qatar 2022 avait proposé de sponsoriser son assemblée générale à hauteur de 1,8 million de dollars pour avoir le droit d’y présenter sa candidature en exclusivité. Toujours selon la CAF, « cette opération a d’ailleurs été approuvée par [son] comité exécutif lors de sa réunion le 8 janvier 2010 à Luanda, en Angola, et concrétisée par la signature d’un contrat entre les deux parties ». Y aurait-il eu d’autres transactions, à titre individuel, entre les Qataris et les dirigeants africains du football ?

À la fin de 2010, les médias britanniques avaient déjà épinglé des membres influents de la Fifa. En octobre, des journalistes du Sunday Times, qui s’étaient fait passer pour des lobbyistes, avaient diffusé une vidéo dans laquelle on voyait le Nigérian Amos Adamu, à l’époque membre du comité exécutif, monnayer sa voix en faveur des États-Unis pour près de 600 000 euros. Également éclaboussés par cette affaire, le Tunisien Slim Aloulou, le Malien Amadou Diakité et le Français (de Tahiti) Reynald Temarii ont depuis été suspendus de toute activité liée au football pour des périodes allant de un an à trois ans.

Quelques semaines après la diffusion de cette vidéo, c’était au tour de la BBC, la chaîne publique britannique, de sortir un document accusant Issa Hayatou d’avoir perçu, en 1995, 100 000 francs suisses (l’équivalent de 60 000 euros) de la société de marketing International Sports and Leisure (ISL). Laquelle, avant sa liquidation en 2001, avait signé avec la Fifa des contrats de marketing, dont l’exclusivité des droits télé de plusieurs éditions du Mondial.

Un ami guinéen

Tout comme ces deux affaires qui avaient été révélées à l’approche de l’attribution des deux Coupes du monde, la dernière en date éclate à environ trois semaines de l’élection du prochain président de la Fifa, le 1er juin. De là à y voir une guerre de succession souterraine, il n’y a qu’un pas que beaucoup d’observateurs n’hésitent pas à franchir. D’autant que, toujours selon le Sunday Times, Amadou Diallo, un homme d’affaires guinéen qui aurait servi d’intermédiaire entre les Africains du comité exécutif de la Fifa et le comité Qatar 2022, est un proche de Mohamed Ibn Hammam. Or ce Qatari, président de la Confédération asiatique de football (AFC), sera, le 1er juin, l’adversaire du Suisse « Sepp » Blatter, qui, à la tête de la Fifa depuis 1998, brigue un quatrième mandat.

Interrogé par J.A., un ancien président de fédération nationale affirme que Diallo, installé à Paris mais qui se trouvait au Caire (siège de la CAF) lorsque le scandale a éclaté, est « un peu l’homme de main d’Ibn Hammam en Afrique francophone, car ce dernier ne parle pas français ». Des liens d’amitié qu’Ibn Hammam lui-même reconnaît, tout en assurant que le Guinéen n’a joué aucun rôle compromettant dans l’élection du Qatar pour l’organisation du Mondial 2022. Mais sans doute n’est-on pas au bout de nos surprises…

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