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L’Afrique, c’est chic

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Lisbonne, 10 juin. Drôle de paradoxe : c’est dans un pays européen frappé de plein fouet par une grave crise économique que la Banque africaine de développement (BAD) tient ses assemblées annuelles et présente, une fois n’est pas coutume, la nouvelle face vertueuse du continent. Croissance en hausse, intérêt de plus en plus marqué des investisseurs étrangers traditionnels, émergence de nouveaux acteurs qui suscitent une concurrence dont profite à plein le continent… Oui, l’Afrique se porte bien, merci.

3,7 % de croissance attendue en 2011, 5,6 % pour la seule Afrique subsaharienne (contre 2 % en moyenne pour les pays développés), les révolutions en Tunisie, en Libye et en Égypte obérant mécaniquement les performances économiques de l’Afrique du Nord : les indicateurs sont au vert, une tendance pas près de s’infléchir. Le continent surfe à l’évidence sur la boulimie mondiale de matières premières – merci les pays émergents ! L’Afrique pauvre, inquiétante, vouée à la défiance des investisseurs, cette Afrique-là n’est plus. Désormais, l’Afrique, c’est chic !

Hydrocarbures, minerais, coton, bois, produits alimentaires, terres arables non cultivées, main-d’oeuvre… Notre continent regorge de tout ce dont le monde aura de plus en plus besoin. Les Chinois l’ont bien compris, qui sont devenus, en 2011, le premier partenaire commercial de l’Afrique. Les autres « émergents », Indiens et Brésiliens en tête, bousculent eux aussi nos anciens partenaires privilégiés, réputés frileux. Ainsi les investissements étrangers sont-ils passés de 10 milliards de dollars au début des années 2000 à plus de 72 milliards en 2008 (de 6,9 à 49,4 milliards d’euros).

Autant de signaux positifs qui, conjugués au vent du changement qui souffle au nord et au sud du Sahara, et contraint nos dirigeants, sous la pression d’une opinion publique qui pèse chaque jour un peu plus, à une meilleure gouvernance, à plus de démocratie, de libertés, de justice et de transparence, ne peuvent qu’augurer d’un avenir meilleur. Enfin.

N’en déplaise aux afropessimistes de tous poils, l’Afrique change. Cette liste non exhaustive de bonnes nouvelles, souvent occultées, doit cependant nous inciter à redoubler de vigilance. Pour que ce fragile cercle vertueux ne se limite pas à un simple effet de mode et ne soit plus jamais remis en question.

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