Politique

Burkina Faso : Tapsoba, un président de Ceni seul contre tous

En refusant de démissionner, M. Tapsoba risque de décrédibiliser une Ceni déjà fort critiquée. © D.R.

À quelques mois d’élections cruciales, l’opposition et le pouvoir sont pour une fois d’accord : le patron de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) doit démissionner… mais l’intéressé, Moussa Michel Tapsoba, s’y refuse.

C’était en juillet 2010. Dans son bureau de président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), situé à deux pas de la primature, à Ouagadougou, Moussa Michel Tapsoba savait à quoi s’attendre : « Je suis le bouc émissaire tout désigné », soufflait-il à ses visiteurs. Nous étions alors à quelques semaines du scrutin présidentiel et, déjà, l’opposition demandait sa tête. « Je suis habitué aux polémiques », répondait avec flegme celui qui est à la tête de la commission depuis 2001.

Il entamait alors la dernière année de son second mandat de président et se disait heureux d’en finir. Il n’était pourtant pas au bout de ses peines. À 59 ans, et trois mois à peine avant la fin de sa mission, celui qui fut ministre de Thomas Sankara affronte la pire tempête de sa carrière.

Le 6 juin, trois membres de la Ceni (qui en compte théoriquement quinze : cinq issus de l’opposition, cinq du pouvoir et cinq de la « société civile ») ont démissionné. Tous représentent l’opposition au sein de la commission et ont répondu à l’appel de Bénéwendé Sankara. « La Ceni doit être dissoute et refondée si l’on veut aller à des élections [législatives et municipales, NDLR] crédibles et acceptables en 2012 », estime le chef de file de l’opposition, qui reproche à Tapsoba d’avoir cautionné le faible taux d’inscriptions sur les listes électorales et les irrégularités constatées le jour de la présidentielle, en novembre dernier.

Indépendance

En novembre, déjà, à la veille de l’élection, un premier représentant de l’opposition avait rendu son tablier. Il ne reste donc plus que dix commissaires, aujourd’hui, autour de Tapsoba. Le président de la Ceni affirme que ceux-là ne démissionneront pas. Unis jusqu’à la fin de leur mandat en septembre… envers et contre tous. Car l’opposition n’est plus la seule à demander leur tête. Il y a quelques semaines, le nouveau Premier ministre, Luc-Adolphe Tiao, leur a fait comprendre qu’une démission serait souhaitable. « Il m’a dit que tous les partis étaient d’accord pour écourter notre mandat », affirme Tapsoba. L’accord entre l’opposition et la majorité datait en fait d’avant Tiao. C’est son prédécesseur, Tertius Zongo, qui avait été saisi par Bénéwendé Sankara et Roch Marc Christian Kaboré, le président du parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), pour procéder à la dissolution anticipée de la Ceni. Mais celle-ci étant indépendante, Zongo ne pouvait les satisfaire – il avait donc envisagé de demander à ses membres de démissionner collectivement. Après son limogeage, c’est Tiao (en photo ci-contre, © AFP) qui s’y est collé… sans succès.

Le Premier ministre Luc-Adolphe Tiao,

De bout en bout

Pouvoir et opposition sont d’accord sur deux points : le dernier scrutin s’est mal déroulé, et il est impératif que la nouvelle équipe prépare les élections de l’année prochaine de bout en bout. « Si elle n’arrive qu’en septembre, elle ne pourra que prendre le relais de l’actuelle équipe », explique un membre du gouvernement. Me Sankara estime en outre que Tapsoba est inféodé au président Compaoré. « Je suis en règle avec ma conscience. Je n’ai jamais dérogé à l’indépendance de la Ceni », rétorque Tapsoba, issu de la société civile. S’il se refuse à partir, c’est d’ailleurs au nom de cette indépendance qu’il cultive. « Je n’ai pas démissionné quand l’opposition le demandait, je ne vois pas pourquoi je le ferais maintenant que c’est le pouvoir ! »

Face à son intransigeance, Tiao s’est résolu à laisser l’équipe actuelle terminer son mandat – pas Sankara. Tapsoba, lui, a forcé le respect des observateurs, qui rappellent que la Ceni n’est pas la seule responsable des couacs de l’année dernière. Mais, en refusant de démissionner, il prend le risque de fragiliser une instance critiquée dès sa naissance. Et de jeter le doute sur les élections de 2012, qui s’annoncent cruciales. 

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