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"Cet article est issu du dossier" «Guinée : L'effet Alpha»

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Guinée : zone de turbulences

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Le président guinéen Alpha Condé, élu en novembre 2010. © Vincent Fournier/J.A.

Premier président démocratiquement élu en Guinée, Alpha Condé a de vastes chantiers devant lui. En dehors de la nécessaire et urgente relance de l'économie guinéenne, il doit gérer à l'interne de profondes tensions politiques et sociales.

Si l’élection d’Alpha Condé, en novembre 2010, fut considérée comme un événement bien au-delà des frontières de la Guinée, c’est parce que le personnage incarnait à lui seul à la fois la rupture avec le passé et les promesses d’un avenir que ce pays se cherchait à tâtons depuis plus d’un demi-siècle. Le fait que cet homme de 73 ans ne se soit jamais compromis avec aucun pouvoir et n’ait, par voie de conséquence, jamais été associé à la gestion calamiteuse des affaires lui a en quelque sorte tenu lieu de programme.

La lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance, la réforme de l’armée et la mise en place des fondations d’un développement sain découlaient tout naturellement du parcours exemplaire du nouveau président. Lorsqu’Alpha Condé annonçait le « retour » de la Guinée – à moins que ce ne soit tout simplement son arrivée – il était d’autant plus crédible qu’il s’appuyait à la fois sur une large coalition électorale (l’alliance Arc-en-Ciel, son soutien officiel, rassemblait 16 des 24 candidats au premier tour) et sur un parti, le sien, qui, phénomène rarissime en Afrique, s’était montré capable de vivre et même de prospérer alors que son leader était en prison ou en exil.

Un peu moins de huit mois plus tard, beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire. Mettre les Guinéens sur les rails est une œuvre de longue haleine qui suppose une révolution des mentalités, un contrôle permanent des délégations de pouvoirs, un savant dosage des sanctions et des promotions, une capacité à trancher dans le vif pour faire sauter les points de blocage les plus inextricables et un pilote à même de tenir fermement le manche en pleine zone de turbulences.

Le changement de concession du port de Conakry, la renégociation des contrats miniers et la publication de la liste des plus gros débiteurs de l’État – parmi d’autres mesures tout aussi médiatiques – font partie de ces secousses qu’Alpha Condé a voulu donner à la Guinée et dont il revendique le caractère à la fois spectaculaire et exemplaire.

Le chef de l’État assume également sans états d’âme les nombreux voyages qu’il a effectués depuis son entrée au palais Sékoutoureya : à force d’avoir à sa tête des présidents au nationalisme introverti, dictateurs et/ou militaires, la Guinée avait oublié le monde, et le monde – en particulier les investisseurs étrangers – avait oublié que la Guinée avait un visage.

Reste la donne politique. Alpha Condé n’a rien d’un tribaliste, cette tare étant à l’exact opposé de ses convictions panafricaines de toujours. Mais même si le second tour de l’élection présidentielle n’a pas été aussi ethnicisé qu’on l’a dit (trois des quatre régions naturelles de Guinée, ainsi que la zone spéciale de Conakry, ont majoritairement voté pour lui), son adversaire a fait le plein des voix au sein de sa propre communauté, semant ainsi de facto les germes d’une confrontation empoisonnée.

Alors que se profilent à l’horizon de la fin 2011 des législatives incontournables, sur la base d’une liste électorale rénovée et enfin transparente, la mise en œuvre d’un dialogue politique est donc une nécessité, voire une urgence. Certes, il faut être deux pour le mener. Mais c’est à celui qui est en charge de s’occuper des intérêts des Guinéens que revient la responsabilité de tendre la main à ceux qui excitent leurs passions.

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