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Miracles et mirages

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Alors, comme cela, s’il faut en croire l’émissaire russe Mikhaïl Marguelov, Mouammar Kadhafi aurait prévu de faire vitrifier Tripoli sous une pluie de missiles sol-sol au cas où les rebelles viendraient à s’en emparer. Comme Hitler voulait brûler Paris, à cette différence près qu’il s’agit de sa propre capitale et qu’il périrait lui-même au coeur du brasier. Plus fort que Saddam, qui lui n’a jamais songé à détruire Bagdad, encore moins à se supprimer ? Je n’y crois pas une seconde. On a beau répéter que cet homme est capable de tout et que le suicide est la sortie de secours des vieux comédiens, je ne lui connais pas le courage de commettre un tel acte. Même par remords, orgueil ou accès de lucidité.

Alors comme cela, si l’on en croit les gazettes, le Premier ministre libyen Baghdadi al-Mahmoudi aurait osé briser un tabou (et risqué sa tête au passage) en proposant que le Guide, son chef, ne participe pas aux éventuelles négociations avec les rebelles. Là encore, je n’en crois rien. Car pour ceux qui ont lu, dans le dernier J.A., le discours prononcé par Kadhafi le 1er juillet, la cohérence est parfaite : « Négociez, dit-il à l’Otan, mais négociez avec le peuple, pas avec Kadhafi, car Kadhafi a rendu tout le pouvoir en 1977. Il ne représente plus le peuple. Il est le symbole du peuple. » Le seul problème est donc d’évaluer le degré de crédibilité de ce retrait du pouvoir, direction la stratosphère, que le « Guide » nous donne pour acquis depuis plus de trente ans. À l’évidence : voisin de zéro.

Alors comme cela, si l’on en croit la très dakaroise radiocouloir, consoeur cravatée de radio-trottoir, le dénommé Hissène Habré aurait passé la nuit du 10 au 11 juillet, date prévue de son extradition avortée vers le Tchad, avec un pistolet Colt sous son oreiller. Motif : hors de question qu’on le prenne vivant pour le livrer aux crocodiles du Chari. Il allait, qu’on le sache, se défendre jusqu’au bout. Cette fois, j’y crois un peu. Habré, qu’il m’est arrivé de rencontrer à plusieurs reprises quand il tenait N’Djamena sous sa botte, fut un tueur. Mais il est une vertu que ni son vice ni sa fuite en 1990 avec dans ses malles le contenu des coffres de la banque centrale ne lui ôteront : une forme de courage physique – née quelque part sur les cailloux du Tibesti et exprimée plus tard, à la tête des rezzous mécanisés qui défièrent (déjà) l’armée d’un certain Kadhafi.

Alors, comme cela, si l’on en croit l’écho des tambours du Bronx, un pasteur africain-américain officiant à Harlem caresserait le projet fou de réunir dans une même pièce Anne Sinclair et Nafissatou Diallo, pour une thérapie divine. Là, j’y crois vraiment. À condition que se joigne au duo Charlène de Monaco, la princesse triste, à qui seule la bénédiction de l’évêque Desmond Tutu est parvenue à arracher un sourire lors de son voyage de noces en Afrique du Sud, le miracle est possible. D’ailleurs, qu’attendent aussi Kadhafi et Habré, si ce n’est un miracle ?

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