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Canada : la Camerounaise Amina Gerba sur la vague bio

Originaire de Bafia, au Cameroun, cette entrepreneuse dynamique profite de sa réussite dans les cosmétiques pour militer en faveur d’une Afrique "qui rapporte".

Visage délicat, large sourire, difficile de croire de prime abord que cette mère de quatre enfants à la voix douce a été classée parmi les vingt-cinq femmes d’affaires les plus influentes au Québec par le journal économique Les Affaires, en 2008. Fondatrice et présidente de la société de consulting Afrique Expansion Inc., fondatrice de Kariderm et du Forum Africa, directrice générale du magazine Afrique Expansion, Amina Gerba jongle habilement avec les casquettes.

Originaire de Bafia, au Cameroun, Amina Gerba a poursuivi une scolarité classique jusqu’au lycée, puis décidé de se consacrer à sa famille. Elle a ensuite suivi son mari, Malam Gerba, rédacteur en chef à la radiotélévision camerounaise, lorsqu’il a obtenu une bourse d’enseignement au Canada, en 1986. « J’ai alors choisi de retourner aux études et de faire une année de cégep [collège d’enseignement général et professionnel, lycée québécois, NDLR] », se souvient-elle. Elle obtient un baccalauréat en administration, donne naissance à un deuxième enfant et décroche un MBA en marketing et études de marché à l’Université du Québec (Montréal). Elle devient dans la foulée directrice de projets chez SVS International, un cabinet de consultants qui encourage les investissements en Afrique. En tant que gestionnaire, elle aide les entreprises à préparer des dossiers pour obtenir des subventions du gouvernement et se déplace pour rencontrer les partenaires locaux. Petit à petit, elle se constitue son réseau d’affaires au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Burkina. Pendant un an et demi, elle accomplit toutes les recherches nécessaires aux entreprises pour investir dans son Afrique natale.

« Un jour, je me suis demandé : pourquoi ne pas le faire pour moi ? » C’est ainsi que naît, en 1995, Afrique Expansion Inc., une firme de marketing et communication. Le business plan n’a guère été difficile pour cette gestionnaire qui connaissait parfaitement le terrain et pouvait compter sur un réseau solide. Le gouvernement québécois encourageait à l’époque le lancement des entreprises dans le domaine des services. « Ma demande de prêt de 50 000 dollars a été acceptée et m’a permis de me payer mon salaire ainsi que les équipements de bureau. » C’est d’abord seule qu’Amina Gerba porte l’entreprise. « J’étais au four et au moulin. Je recherchais des partenaires pour les entreprises désireuses d’investir en Afrique, je me chargeais de monter les dossiers de subventions, de réaliser l’étude de marché, d’assurer leur accueil et ce jusqu’à la location de véhicules ! »

En 1996, alors qu’elle se rend au Burkina pour un client en cosmétiques, elle rencontre des femmes productrices de beurre de karité désireuses d’exporter leurs produits. « Je ne connaissais rien au karité », avoue-t-elle. Pourtant, elle saute sur l’occasion et accepte de distribuer au Canada le beurre de quelques productrices, en signant avec elles un contrat d’exclusivité. Dans la foulée, elle décide de lancer sa ligne de cosmétiques. Mais la réalité des affaires est cruelle. « Tous les producteurs étaient en sous-traitance, et 80 % de la production se faisait à l’extérieur. Rapidement, le projet s’est avéré peu rentable. »

En 1998, elle fait appel à un ancien collègue français, expert en karité, pour finaliser une étude. Ensemble, ils lancent Flash Beauté, qui cible la clientèle noire avec des produits d’éclaircissement. Rapidement elle s’aperçoit que sa formule a un coût trop élevé. Elle décide d’en changer et opte pour une production plus naturelle, avec une gamme certifiée bio. Elle propose le même virage aux productrices burkinabè de Songtaaba. Sur place, les productrices s’organisent et passent de 20 à 2 000. En 2007, Kariderm obtient une certification « équitable », et Amina en profite pour créer un fonds social qui permet de construire une infirmerie et une école dans le village burkinabè.

Le reste du temps, Amina Gerba se fait l’ambassadrice d’une Afrique positive. « J’ai été surprise du peu de connaissances que les Canadiens avaient de l’Afrique. Je me suis dit, pourquoi ne pas lancer un petit feuillet d’informations économiques sur l’Afrique ? » Afrique Expansion, né en 1998, est aujourd’hui un magazine trimestriel de 32 pages distribué à 15 000 exemplaires. Évidemment, Amina Gerba retourne souvent au Cameroun. « Mes affaires dépendent entièrement de l’Afrique, dit-elle. Il y a énormément d’avantages à y investir. Certains pays connaissent un boom, les gouvernements africains font des efforts, mais personne n’en parle. Les Chinois l’ont compris bien avant les Canadiens et les Européens, ils investissent en Afrique parce que ça rapporte. » 

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Zora Aït El Machkouri, à Montréal.

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