Fermer

Libye : la bonne réputation de Mustapha Abdeljalil

Mustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition. © Gianluigi Guercia/AFP

Mis en cause après l’assassinat du général Abdelfattah Younès, le chef de la rébellion libyenne continue de jouir d’une certaine légitimité, du moins aux yeux des Occidentaux.

Président du Conseil national de transition (CNT, organe politique de l’insurrection libyenne), Mustapha Abdeljalil, 59 ans, a dissous, le 8 août, le bureau exécutif, qui faisait office de gouvernement provisoire. Conséquence de l’assassinat, le 28 juillet, du général Abdelfattah Younès, chef d’état-major de la rébellion – une mystérieuse opération dans laquelle plusieurs cadres du CNT auraient trempé –, le limogeage de l’exécutif a confirmé les divisions qui minent le CNT, lequel, paradoxalement, accumule les succès : reconnaissance par une trentaine de pays, récupération des sièges de chancelleries libyennes dans les plus grandes capitales occidentales et dégel à son profit de centaines de millions de dollars déposés dans ces mêmes capitales occidentales. Sans compter la spectaculaire percée sur Tripoli.

La mort du général Younès hypothèque cependant l’unité de la rébellion pour l’après-Kadhafi, car elle provoque le courroux de la puissante tribu des Obeïdi, à laquelle appartenait le défunt. Au fil des jours, les partisans de Younès ne décolèrent pas, d’autant que la commission d’enquête diligentée par Abdeljalil tarde à communiquer ses premières conclusions. Les Obeïdi dénoncent des manœuvres dilatoires, d’autres reprochent à Abdeljalil de ne pas tenir ses troupes. Pis : certaines voix à Benghazi accusent ce dernier d’être le commanditaire du meurtre de la seule personnalité capable de rivaliser avec lui pour le leadership de la Libye post-Kadhafi. Mais, mis à part les récents succès militaires, d’où Abdeljalil tire-t-il justement cette légitimité qui lui assure aujourd’hui d’être le seul patron de la rébellion, du moins aux yeux des alliés occidentaux ?

Coup d’éclat

Si le chef du CNT a vu le jour, en 1952, à El-Beïda, fief de la confrérie des Senoussi, à équidistance de Benghazi et de Tobrouk, il n’est pas pour autant un sympathisant monarchiste. Son cursus – école coranique, études de droit islamique et séjour à Al-Azhar, au Caire – l’incline plutôt vers les thèses des Frères musulmans, mais il se garde bien d’afficher son obédience. Il entame une brillante mais discrète carrière de magistrat. Au milieu des années 2000, il préside la cour d’appel de Tripoli, plus haute juridiction de la Jamahiriya. C’est à ce titre qu’il confirme, à deux reprises, la peine capitale infligée aux cinq infirmières bulgares et au médecin palestinien accusés d’avoir volontairement inoculé le VIH/sida à des centaines d’enfants libyens. Mais ce n’est bien sûr pas cette décision qui lui vaut sa notoriété.

Promu ministre de la Justice en 2007, il proteste auprès de Kadhafi contre la non-exécution des jugements des tribunaux, en particulier les libérations d’islamistes. Plus grave : il accuse les services d’un certain Abdelfattah Younès, alors ministre de la Sécurité publique, de pratiquer la torture sur des détenus dont la justice a ordonné la libération. Le « Guide » fait la sourde oreille. En 2010, profitant d’une cérémonie retransmise en direct à la télévision, il annonce avec fracas sa démission. Bien que celle-ci ait été rejetée par Kadhafi, Abdeljalil a marqué les esprits et apparaît désormais comme l’homme qui a dit non au « Guide ». Cette réputation de cadi (magistrat de droit musulman) sans peur et sans reproche lui vaudra, quelques mois plus tard, de prendre la tête de l’organe politique de l’insurrection. Seulement voilà, la mort suspecte d’un général, fût-il un ancien tortionnaire, pourrait compromettre son avenir politique.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici