Cameroun : les déchets « énergétiques » de Hysacam

Hysacam est chargée de la propreté d'une dizaine de collectivités territoriales. © MABOUP

La société de traitement des ordures ménagères a inauguré une centrale de captage de biogaz sur une décharge de Yaoundé. Objectifs : limiter les émissions de gaz à effet de serre et, à terme, produire de l’électricité.

Il est loin le temps où les lourdes pertes d’Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) avaient poussé son ex-propriétaire, le groupe français Grandjouan, associé de Sita France (filiale de Suez Environnement), à se désengager de la société. Un groupe de salariés avait alors entrepris de racheter 80 % des parts mises en vente et, en 1994, avait entamé avec succès le redressement de l’entreprise née en 1969.

Aujourd’hui, avec une dizaine de clients au Cameroun, qui sont exclusivement des collectivités territoriales, Hysacam réalise un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros) et emploie 5 000 salariés. « Nos performances en matière de propreté urbaine sont visibles dans les villes où nous opérons », se félicite Michel Ngapanoun, un ancien cadre de 50 ans, passé directeur général en 1995.

La construction d’une deuxième centrale, à Douala, empêchera l’émission d’un million de tonnes de CO2 en dix ans.

Les dirigeants de Hysacam croient en l’avenir et n’ont pas peur d’investir. La preuve ? Hysacam accroît ses capacités. L’entreprise vient de mettre 14 milliards de F CFA dans le renforcement de sa flotte de bennes destinées à la collecte des ordures ménagères. Livré par le constructeur français Renault Trucks, le lot de 125 camions a été réceptionné le 10 août au siège de Douala. La mise en service de ce nouveau matériel de ramassage va conforter la bonne réputation de cette entreprise, qui brille dans la filière très complexe de la gestion des déchets ménagers, où peu d’entrepreneurs africains osent s’aventurer.

Mais Hysacam se diversifie aussi. Le 29 juin, la société a inauguré sa première centrale de captage de biogaz à la décharge de Nkolfoulou, près de Yaoundé. Cette infrastructure lui permettra d’éviter de rejeter dans l’atmosphère le méthane produit par le compactage des ordures ménagères, mais aussi, à terme, de le transformer en énergie électrique. « Mais pour cela, il faudra d’une part attendre d’avoir du gaz en quantité suffisante, et d’autre part adapter la législation camerounaise qui régit la production d’énergie », précise Michel Ngapanoun.

Aléas

Après la centrale de Nkolfoulou, financée sur emprunt bancaire à hauteur de 3 milliards de F CFA, direction Douala. En construction sur la décharge de Bassa, dans la périphérie de la ville, cette deuxième centrale permettra d’éviter l’émission de 1 million de tonnes de gaz carbonique au cours des dix prochaines années.

Mais si l’entreprise se préoccupe des gaz à effet de serre et n’exclut pas de se diversifier dans la production d’énergie, elle n’entend pas pour autant délaisser son premier métier : la collecte, le transport, le stockage et le traitement des ordures ménagères. Fort de ce savoir-faire et de sa bonne santé financière, Hysacam a tenté de s’implanter dans d’autres pays africains. En novembre 2008, l’entreprise a signé avec la Communauté urbaine de Niamey, au Niger, un contrat de cinq ans pour le ramassage des ordures dans cette agglomération d’1,5 million d’habitants. La crise politique a eu raison de l’accord, mais Hysacam projette de revenir sur ce marché prometteur.

Partie remise également au Tchad, s’agissant du partenariat avec la ville de N’Djamena, où Hysacam a signé en août 2009 un contrat pour nettoyer la ville, en prélude à la célébration de la fête nationale. S’est ensuivi un accord sur cinq ans portant sur 17 milliards de F CFA, qui a été interrompu à la suite des ennuis judiciaires de Mahamat Zene Bada, l’ex-maire de la capitale tchadienne. En dépit des aléas de l’environnement des affaires, Hysacam veut poursuivre sur sa lancée.